Elle arrive inquiète, ne se souvient plus du trajet pour venir au Centre médical et en repartir. Elle connaît encore sa date de naissance et arrive à faire des calculs. C’est ce qui lui reste de sa vie antérieure où elle était comptable. Il cherche dans son sac à dos ses clefs, sort tout, les trouve, les range dans une boîte, celle-ci dans un sac puis un autre, un autre encore. Assis sur un banc, touchants dans leur désarroi, ils cherchent leur mémoire. Encore jeunes, Alzheimer les a frappés tous les deux. Un jour Barbara, la chef de service leur présente Bina48, un robot dont l’intelligence artificielle a été nourrie de téraoctets de souvenirs humains pour répondre aux besoins des patients. Robot soignant, mais aussi ambianceur, robot chanteur ou coach en motricité, Bina48 se met au service de Betty et de Boris. Mais jusqu’où Bina48 peut-elle entrer en empathie avec ces humains qui oublient ?

Samuel Petit a écrit et mis en scène ce texte d’une grande sensibilité sur un fléau qui gagne de plus en plus de gens dans nos société. Il sait de quoi il parle, sa grand-mère s’étant mise à perdre la mémoire et à tenir des propos incohérents. Il ne s’attache pas à ce que la maladie fait aux proches des malades, mais à ce qu’elle fait au malade lui-même, mort sans être mort, amputé de sa personnalité et des souvenirs qui font sa vie.

Dans ce centre médical que quelques plantes vertes ne suffisent pas rendre joyeux, Barbara, la médecin chef qu’incarne Marie Levy est gentille, cherche le ton juste avec ses patients mais se trouve souvent en porte à faux. Elle s’enthousiasme pour ce nouvel appareil, ce robot qui va, pense-t-elle, beaucoup aider les malades. Bruno son assistant, interprété par Simon Avéroux, joue de la musique en live, manipulant derrière son comptoir ordinateur et autres machines pour accompagner Bina48. Sous son impulsion, le quotidien déraille lui, aussi un peu, un micro-onde qui se met à parler quand on le met en marche, un petit robot aspirateur qui tourne en rond. Thomas Mallen et Rosalie Comby incarnent les deux malades, alternant moments de désemparement, d’incompréhension devant ce qui leur arrive et moments de colère. Il faut souligner la performance de Morgane Vallée dans le rôle du robot Bina48. Marchant aidée par une sorte de déambulateur, elle devient comme une sorte de miroir inversé des malades, un être doté de multiples compétences auquel il ne manquerait que d’avoir vécu une vie humaine.
Le spectateur commence par rire des oublis de Betty et Boris, mais son rire s’efface vite et pourtant il n’y a jamais de pathos. Un spectacle doux sur un sujet délicat.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 1er mars au Théâtre de la Reine Blanche, 2bis Passage Ruelle, 75018 Paris – mardi et jeudi à 19h, samedi à 18h – Réservations : 01 40 05 06 96

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