Un couple âgé dans un couloir, l’oreille aux aguets, attend devant une porte une réponse qui ne vient pas. « Il » pourrait tout de même respecter les horaires des repas et répondre. Qui ? Leur fils qui a désormais les cheveux blancs et est revenu s’installer chez eux, mais refuse de leur parler et se glisse dans sa chambre pour ne pas les croiser. Elle dit à son mari « ça ne peut plus durer, va lui parler ». Il doit savoir puisqu’il était magistrat avant, et que les mots pour les voyous il les trouvait alors ! Mais lui dire quoi ? demande-t-il et puis si elle sait ce qu’elle veut lui dire, elle n’a qu’à y aller.
Jean-Claude Grumberg lui sait trouver les mots, ceux qui nous font à la fois rire et pleurer comme il l’a fait souvent sur des sujets graves, comme l’antisémitisme, les relations familiales ou la vieillesse. Ils sont touchants ces deux vieux avec les problèmes de leur âge, il a mal au dos et la vue faible, elle a un dentier et un appareil auditif qu’elle oublie parfois. Ils ont des habitudes, mangent leur soupe à heure régulière. Ils n’ont que des relations lointaines avec leurs enfants et petits-enfants. Normal, chacun vit sa vie, mais alors que signifie le retour de ce fils qui refuse de leur parler ? Ils s’interrogent, font des hypothèses et s’affrontent car ils ont la répartie facile. Elle s’accroche à des détails pour espérer, se souvient des fêtes d’anniversaire joyeuses. Il décrit des enfants en attente de l’héritage et des repas de famille qui finissaient en disputes et en insultes. Elle s’inquiète pour ce fils comme s’il était encore un enfant, lui prépare un sandwich « au cas où », tandis que lui, plus sarcastique se moque. Elle lui rappelle qu’il n’a pas beaucoup été là pour les enfants. Ils ne sont pas d’accord, se chamaillent mais au fond ils se soutiennent.
La mise en scène de Charles Tordjman s’attache avec finesse au texte de Jean-Claude Grumberg. Dans ce couloir avec ses trois portes dont l’une, celle de la chambre du fils, restera obstinément fermée, deux chaises accueillent les deux comédiens dont les déplacements sont réglés au cordeau. Ils attendent et on s’inquiète comme eux. Des passages au noir avec un peu de musique scandent le passage du temps.
Christine Murillo, canne à la main, s’agite, demande à son époux d’intervenir, de faire quelque chose. Elle s’inquiète, comme si ce fils qu’on ne verra jamais était encore un enfant et s’accroche à des détails pour espérer. Jean-Pierre Darroussin, élégant dans sa robe de chambre et ses pantoufles, s’agace, ricane et se perd en réponses amères et sarcastiques. Semblant oublier qu’il a toujours eu trop d’humour et pas assez d’amour, il devient bouleversant dans son monologue final. Tous deux forment un couple inoubliable.
Comment vieillir et continuer à s’aimer malgré tout ? Sur cette grande question, Jean-Claude Grumberg nous fait tanguer de l’humour à l’émotion et il a trouvé deux virtuoses pour porter ses mots.
Micheline Rousselet
À partir du 24 janvier au Théâtre Hébertot, 78bis Bd des Batignolles, 75017 Paris – du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 17h30 – Réservations : 01 43 87 23 23 ou theatrehebertot.com
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