Cyrana travaille pour une association d’aide aux personnes en difficulté, Vivre autrement. Elle est engagée, touchante, ne sait pas dire non, en particulier à la directrice de l’association qui profite de sa timidité pour la rudoyer et tout exiger d’elle. Elle est intelligente, amoureuse de littérature, de Pouchkine entre autres, comme l’homme à tout faire de l’association, Axel. Mais elle a un problème, un complexe sur ses fesses. Elle croit que tous se moquent d’elle, se pense « aussi désirable que l’eau non potable » et rentre chez elle le soir pour retrouver son tricot et ses chaussons de lapins à longues oreilles. Puis, un jour, arrive une nouvelle collègue, Chris, plus libre, plus délurée, plus moderne, qui va lui demander de l’aider à séduire Axel, ce que Cyrana va tenter de faire en dépit de son attirance pour lui. Mais tout ne va pas se passer comme prévu.

Considérant que le panache n’est pas forcément masculin, Juliette Wiatr a choisi d’adapter Cyrano en en faisant une femme. S’appuyant sur le canevas de la pièce d’Edmond Rostand, elle la modernise, des SMS s’échangent. Elle adapte ses moments de bravoure, la scène du balcon et surtout la tirade du nez qui devient une ode au derrière de Cyrana : « Pour complimenter mon postérieur, vous eussiez pu le faire de façon supérieure » ou en style macho « Y’a quelque chose collé sur tes fesses … mes yeux ». Le texte est habile, drôle et tendre.

Jean-Pierre Jeunet (Amélie Poulain) a mis en scène la comédienne, assisté par Pierre-Louis Gallo, qui l’a aidée par son expérience du mime et du théâtre de rue. Juliette Wiatr est Cyrana, incapable de dire non, tentant de garder en équilibre l’énorme pile de dossiers qu’elle doit traiter. Elle fait vivre aussi toute une galerie de personnages plus ou moins cabossés, la directrice exigeante qui a bien senti le potentiel de Cyrana et exploite son incapacité à dire non, Chris qui mâche son chewing-gum et dégage son épaule pour mettre en valeur son décolleté tandis que Cyrana tire sur son tee-shirt pour cacher ses fesses.

Un spectacle plein d’humour, de poésie et de tendresse, renvoyant à la pièce d’Edmond Rostand et parfaitement adapté à un public d’adolescents, l’âge où l’on a du mal à accepter son corps, à exprimer son amour et à savoir affirmer ce qu’on veut vraiment.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 24 janvier à La manufacture des Abbesses, 7 rue Véron, 75018 Paris – du mercredi au samedi à 19h – Réservations : manufacturedesabbesses.com ou 01 42 33 42 03

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