Un soir de première, deux comédiens, Alma et Robert, en couple à la scène comme à la ville, ont invité chez eux deux amis. Hedda aussi est comédienne mais ne se voit plus guère proposer de contrat et son mari Jonas est psychologue. Cela commence comme un début de soirée très bobo, mais très vite les flèches volent bas dans chacun des deux couples. Alma se sait intelligente et a un humour et une ironie qui font mouche. Son mari Robert n’est pas en reste et est jaloux. Hedda est plus maladroite, moins brillante, le sait et Jonas, son mari n’hésite pas à l’humilier. L’alcool aidant les deux couples vont se laisser aller aux insultes et aux jugements les plus blessants.
Charles Berling a choisi de mettre en scène deux huis-clos de Lars Noren, l’un des plus grands dramaturges du XXème siècle, très peu souvent mis en scène, C’est si simple l’amour et Lost and found. Dans les deux pièces on retrouve des thèmes récurrents chez Lars Noren, le couple bourgeois et ses déchirements, la difficulté d’aimer quand l’habitude érode les premiers élans pour laisser place aux déceptions, à l’amertume et aux jugements sévères et enfin la question de prolonger l’élan initial en ayant ou non un enfant.
Charles Berling fait vivre toutes les émotions qui animent Robert : une touche d’amertume par rapport à sa femme qui semble être meilleure comédienne que lui et qu’il provoque, un humour qui vire facilement au sarcasme, des accès de jalousie qui sombrent dans une violence qui le conduit à tout casser dans l’appartement. Face à lui Caroline Proust incarne une Alma égocentrique, sûre de son intelligence et de son talent qui cache les frustrations de sa vie conjugale derrière un humour saignant qui n’épargne personne. Bérengère Warluzel est formidable en Hedda trop ingénue face aux deux monstres qui lui font face et à un mari (Alain Fromager) qui ne cache pas son mépris. Elle réussit à n’être jamais caricaturale quand elle joue la femme ivre, tentant de garder sa dignité alors même qu’elle culbute jupe par-dessus tête sur le canapé. Elle est bouleversante quand elle chante Les feuilles mortes, une chanson qui justement parle des amours perdues.
Des dialogues brillants et de très bons acteurs au service de cette pièce qui nous perd dans l’hiver des sentiments.
Micheline Rousselet
Jusqu’au 1er juillet au Théâtre de l’Atelier, 1 Place Charles Dullin, 75018 Paris – du jeudi au samedi à 21h, le dimanche à 15h, le dimanche 28 juin à 18h30 – Lost and found du 2 au 28 juin les mardis et mercredis à 21h, le samedi 27 juin à 17h et le dimanche 28 juin à 15h – Réservations : 01 46 06 49 24 ou billetterie@theatre-atelier.com
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