Cinq adolescents se retrouvent enfermés dans la cour de leur collège, Ilham, sa bande de dealeurs et Minah, « une bourge », souffre-douleur de la classe. Ils ont froid, ils ont faim et cherchent une issue. Cette situation va donner lieu à des échanges inédits où les à-prioris peuvent être bousculés et les rapports de force se modifier.

Tamara Al Saadi a écrit et mis en scène ce texte court. L’écrivaine s’était déjà fait remarquer par une pièce Place, qui abordait la question de l’assimilation et du racisme ordinaire, et qui avait reçu le prix du Jury et le prix des Lycéens au Festival Impatience 2018 (voir critique sur le blog). Cette année cette jeune écrivaine aura donc trois pièces à l’affiche puisque Place est reprise et que sa dernière pièce Istiqlal sera présentée en novembre au Théâtre des Quartiers d’Ivry. Pour parler de l’adolescence, cette période où s’affirme l’identité de l’individu à travers ses rapports avec la société, Tamara Al Saadi n’hésite pas à utiliser le verlan, l’argot et l’humour des jeunes des cités. La richesse des sonorités de cette langue assoit la tension des dialogues, qui révèlent la violence des rapports sociaux dans ce microcosme. On écoute les personnages, mais on peut aussi voir en eux, ainsi que le dit la dramaturge, des rouages de la société : le chef avec Ilham, les classes populaires avec les guetteurs, la classe économique aisée avec Minah.

Aucun décor pour la pièce, un simple banc. Les acteurs (Hicham Boutahar, Saffiya Laabab, Élise Martin, Alexandre Prince, Frederico Semedo) entrent en scène et tirent au sort le rôle qui leur est attribué, sans attention au genre des personnages. Ils sont jeunes, collent à leur personnage, à sa langue, aux alliances qui se font ou se défont. Ils ont la gestuelle de ces jeunes, leur violence qui éclate ou leurs peurs. La première partie s’arrêtent net laissant l’intrigue ouverte. Les acteurs se dépouillent alors de leur fonction et proposent aux spectateurs de distribuer les rôles comme ils l’entendent. La.le souffre-douleur peut devenir le chef et réciproquement ou encore un autre personnage. À l’image des variations de Bach, la pièce se rejoue, prenant une couleur un peu différente car portée par un autre acteur. La dernière partie, qui mériterait d’être un peu retravaillée pour dépasser certains clichés, évoque les rêves et les désillusions de ces jeunes en proie aux préjugés de race et de classe, qui découvrent qu’ils ne sont pas nés dans le bon corps. Et pourtant ils sont eux aussi capables de réciter Le Cid  et, en rythmant de leurs pieds les alexandrins de Corneille, de leur donner une musicalité nouvelle.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 16 octobre au TGP – Théâtre Gérard Philipe, 59 boulevard Jules Guesde, 93200 Saint Denis – 25 et 26 novembre à L’Arsenal, Val de Rueil (27) – 17 janvier 2022 au Théâtre de Rungis (94) – 21 mars 2022 à Villiers-le-Bel (95) – 9 et 10 mai au CDN de Normandie à Rouen – 13 mai au Centre Culturel L’Imprévu à Saint-Ouen-l’Aumône (95)

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