Le prendre, le toucher, le regarder pour considérer l’objet. La présentation dit qu’il a été produit artisanalement par Jean Rochard – créateur du label Nato du nom d’un chef amérindien – sans doute aussi amoureusement pour aboutir à ce résultat, un livre disque. Ce n’est pas une première, les tentatives ont existé et se sont souvent révélées décevantes.
« L’homme des Damps » est une réussite parce qu’il fête l’insolence, la révolte et les révoltés, brise la bienséance pour mettre en lumière Octave Mirbeau et son actualité. Ses œuvres démontrent l’analyste fin et sans pathos des ressorts cachés de la société capitaliste – et pas seulement celle de son temps, la fin du 19e – qui se cache sous les oripeaux d’une idéologie du bon sens, forcément celui de la classe dominante pour cacher un darwinisme social – les plus pauvres sont à éliminer – de tous les instants. Pierre Michel, le président des amis d’Octave Mirbeau, prend de la place pour expliquer « Pourquoi il faut lire Octave Mirbeau ». Et c’est convainquant.
L’objet fait coexister les peintres, surtout Pissarro l’ami mais aussi Van Gogh, la poésie hermétique – une nécessité pour durer – de Mallarmé, la photographie – pas seulement un ornement mais aussi une manière de faire parler les textes – et la musique, originale, celle de la clarinettiste Catherine Delaunay aidée des participant.e.s de ce projet. Se retrouvent, au hasard des dimensions de l’orchestre, du duo au quasi big band, Tony Hymas, Nathalie Richard, Guillaume Roy, Régis Huby, Pascal van den Heuvel – souvent en duo avec la clarinettiste-compositrice – entre autres.
La musique n’illustre pas, elle magnifie. Elle ouvre les portes de l’imaginaire, d’un ailleurs dont elle souligne les contours flous. Mirbeau qui aimait la musique, se trouve, par la grâce de ces compositions projeté hors de son temps, pour devenir notre contemporain.
Catherine Delaunay a su se servir de toutes ses mémoires, celles du jazz comme celles des autres cultures de l’époque comme de son folklore imaginaire pour créer l’environnement nécessaire à la compréhension de la démarche de Mirbeau loin de tous les clichés. Une réussite aussi parce que ce n’est pas réussie au sens habituel du terme. Sensation d’inachevé, de brouillon qui laisse le soin à l’auditeur d’essayer d’autres possibles.
Nicolas Béniès
« L’homme des Damps », Catherine Delaunay, un livre et deux CD Nato
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