Des musiciens, pour la plupart issus de la République Démocratique du Congo, s’emparent du répertoire baroque pour un hymne à la joie exubérant. Sous la direction musicale de Fabrizio Cassol et de Rodriguez Vangama, avec Alain Platel à la direction artistique et à la mise en scène, les pulsations de la musique congolaise enlacent les arias de Monteverdi, Bach, Haendel, Vivaldi et Gluck.

Au fond du plateau un rideau doré de douilles de fusil, déchets de la guerre, à l’avant deux musiciens, un guitariste et un joueur de likembe, un piano à pouce, se répondent, tandis qu’arrivent ces chaises de plastique bleues omniprésentes dans les rues africaines. Les musiciens, joueurs de guitare, de likembe, de balafon, de percussions diverses allant de sortes de marimbas à des calebasses se glissent sur la scène venant de tous côtés, les trois chanteurs (Russel Kadima, Boule Mpanya et Fredy Massamba) passent avec une générosité insolente du chant à la danse, rejoint parfois par les déhanchements de la danseuse, Jolie Ngemi. Sous la direction du guitariste Rodriguez Vangama, le concert s’élance avec humour mêlant musique baroque, jazz, rythmes africains tandis que plane régulièrement la voix d’ange du contre-ténor Coco Diaz, portant les sublimes arias de Haendel ou de Monteverdi ou le poignant Eurydice de Gluck. Les mélodies s’appellent et se répondent d’un bord à l’autre du plateau, les danseurs rivalisent d’élégance et de force, invitent deux spectatrices pour une sensuelle rumba congolaise. Insensiblement le baroque fusionne avec les épices africaines, les tenues sportives exaltant le corps masculin laissent place à l’exubérance coquette des ambianceurs de la S.A.P.E (Société des ambianceurs et personnes élégantes) de Kinshasa. Rodriguez Vangama se mue en une sorte de Corto Maltese en vison. On glisse subtilement de la musique à la danse, d’une atmosphère de rumba congolaise à un prélude de Bach, de la joie à l’émotion avec la voix de Nina Simone chantant To be young, gifted and black que rejoint le contre-ténor. Et à la fin juste avant le noir final restent les souffles et la respiration rythmée des chanteurs et musiciens qui font encore musique.

Point n’est besoin de discours à la gloire de la beauté du métissage. La preuve est faite et, comme partout où le spectacle a déjà été joué, une très longue standing-ovation l’a salué.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 5 avril au Théâtre du Rond-Point, 2bis, avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris – du mardi au vendredi à 21h, le samedi à 20h, le dimanche à 17h – Réservations : 01 44 95 98 21 ou theatredurondpoint.fr

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