Entre deux confinements, le batteur napolitain, Francesco Ciniglio a pu réunir à Paris un sextet arrivant de toutes les capitales européennes pour donner vie à sa composition « The locomotive suite », titre de l’album. Elle part d’une métaphore, tout être humain est une locomotive qui tire des wagons composés de ses expériences et de ses souvenirs. Ainsi, les parties de la suite évoquent New York mais aussi la grand-mère du batteur, « Laura Martina », son père, « Capitano », son oncle… Évocations de la musique des tarentelles s’emmêlant, dans ce voyage en train, aux mémoires du jazz. Raynal Colom, trompette, Matteo Pastorino, clarinette basse, Alexis Valet, vibraphone, Félix Moseholm, contrebassiste et Matt Chalk, saxophoniste alto se font les acteurs d’une volonté de lutter contre la pandémie pour assurer un avenir en démontrant que la musique est essentielle.

Matt Chalk a constitué un quartet – Tony Texier, piano, synthé, Tom Berkmann, basse et Mathias Ruppnig, batterie – pour s’interroger sur les étendues de l’âge de raison, « Age of Reason, Scopes » qui débute en eaux profondes, « Deep Water », pour se terminer avec une prière, « Here’s my Prayer » en passant par l’espérance, la continuité, le chocolat qui voyage doucement pour une musique qui oscille entre hard bop mâtiné de Dolphy et, bien sûr, de Coltrane sans oublier Ornette Coleman pour évoquer une des constructions possibles qui fait la part belle là encore aux expériences de l’altiste qu’il fait partager. Le temps de la raison semble, pour le moins, une utopie dans les temps qui courent et qui courte vite vers l’absurde et l’irrationnel. Un groupe convaincant.

Chet Doxas, saxophone ténor, s’est entouré d’un pianiste, Ethan Iverson – un des trois du trio Bad Plus – et d’un bassiste, Thomas Morgan pour des compositions comme autant d’éclats de mémoire via les citations de standards balayées par les vents ayleriens, de brisures de souvenirs sublimés par la pulsation du jazz monkien, un peu de Basie et du blues éternel pour faire surgir d’autres possibilités, d’autres périmètres, d’autres étendues. Evocations de Rollins, de Coltrane mais aussi de Lester Young ou de Coleman Hawkins sans crainte – c’est la mode – d’emprunter les tics de la musique minimaliste en un pachwork pas toujours réussi mais réjouissant si l’on ajoute la touche d’ironie qui convient. Le titre y oblige, « You cant take it with you », vous ne pouvez le prendre avec vous » …

Whirlwind ajoute à son éventail un solo du guitariste Matthew Stevens, « Pittsburgh », l’ancienne ville phare de la sidérurgie américaine aujourd’hui en pleine restructuration, ville de naissance d’une multitude de jazzmen à commencer par Art Blakey. Stevens se balade dans les paysages alentours se servant de la mémoire de la country music. Jamais à court d’idées, il sait à la fois déployer son art de la guitare et la description étrange de ces contrées devenues dépourvues de ses tremblements et de cette musique particulière.

Nicolas Béniès

« The locomotive suite », Francesco Ciniglio ; « Age of Reason, Scopes », Matt Chalk ; « You cant take it with you », Chet Doxas ; « Pittsburgh », Matthew Stevens : Whirlwind.


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