Au cours d’un déplacement professionnel à Rennes, Jacques, écrivain, la quarantaine et atteint du sida rencontre Arthur, vingt deux ans. Ils se plaisent et tout les pousserait à s’aimer si Jacques, à cause de la maladie qui le condamne à une mort prochaine, ne s’interdisait de vivre cette dernière romance dont il a pourtant très envie.

Autour des deux protagonistes, viennent se greffer des personnages proches ou de passage, tous minutieusement écrits même si certains d’entre eux n’échappent ni au stéréotype ni à un certain angélisme (le gamin de Jacques soucieux des relations amoureuses de son père, la vieille amie mère porteuse chaleureuse et efficace, le vieil ami condamné par la maladie).

Cinéma : Plaire, aimer et courir vite
Cinéma : Plaire, aimer et courir vite

«Plaire, aimer et courir vite» conjugue l’élan amoureux et le renoncement, le début gourmand de la vie d’Arthur et la fin annoncée de celle de Jacques. Et le vrai sujet du film est dans les effets contraires de l’attirance, quand l’amour impossible rend la vie impossible.

Christophe Honoré voulait faire un retour sur les années 90 meurtries par l’épidémie de sida, à travers une fiction ; faire revivre l’étudiant provincial qu’il était et le personnage plus complexe de l’écrivain plus âgé qu’il aurait rêvé de rencontrer à l’époque.

C’est peut-être à trop fouiller dans l’intime et à vouloir donner à son personnage toutes les chances d’être multiple, vraisemblable et charmeur, qu’il rate son Arthur.

On peut mettre sur le dos de la jeunesse et de la gourmandise de vivre du personnage ses agissements à la fois moqueurs et tendres, son insolence, sa spontanéité ravageuse mais à trop multiplier les signes de la vivacité, Arthur finit par se perdre dans des contradictions.

Le défaut d’écriture du personnage n’est sans doute pas la seule cause de l’éparpillement d’Arthur et il est probable que l’interprétation cabotine et sûre de soi d’un Vincent Lacoste, à qui on a dû trop souvent dire qu’il était génial, soit en cause.

Cette assurance du comédien finit par vider de sa substance le personnage qu’il interprète et le film qui s’étire en longueur avec des moments inutiles et bavards (les scènes avec la petite amie d’Arthur ou le pèlerinage sur les tombes des disparus du cinéma ou du théâtre) ne connaît pas toujours la rigueur que nécessitait le sujet.

Du coup, dans le mélodrame qu’assume Christophe Honoré, l’émotion est rarement au rendez-vous.

Il faut des moments comme l’écoute d’une chanson d’Anne Sylvestre et la présence magistrale de Denis Podalydès pour que le film touche à son ambition, que le récit se mette à vibrer vraiment.

Ce qu’il faut mettre cependant à l’actif de Christophe Honoré c’est la légèreté et l’enthousiasme de certains moments d’insouciance qui délestent le sujet de sa charge dramatique et c’est peut-être également le choix de Pierre Deladonchamps, comédien discret dont le sourire radieux, reflet du profond désespoir, éclaire le récit.

On a fait un rapprochement entre le film de Christophe Honoré et celui de Robin Campillo présenté à Cannes l’an dernier. Les deux, en dépit du sujet du sida qui pourrait les rassembler, sont aux antipodes l’un de l’autre:et dans la comparaison, l’avantage revient à «  120 battements par minutes »

Francis Dubois


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