Un groupe d’amis se retrouvent régulièrement pour un dîner au restaurant, intime et joyeux. C’est à l’occasion d’une de ces réunions que deux d’entre eux vont annoncer aux autres leur décision de se marier. Or, au lieu de la réaction attendue, la nouvelle va révéler des failles sentimentales enfouies au sein du groupe.

Cinéma : Passion
Cinéma : Passion

«  Passion » est le premier film réalisé en 2008 par Ryûsuke Hamaguchi dont la cinéphilie tardive s’est révélée à l’occasion d’une rétrospective de John Cassavetes dans un cinéma de Tokyo en 2000 et notamment à la suite de la projection de «  Husbands  » qui a accéléré chez lui, le processus de création.

L’industrie du cinéma japonais est très différente de l’industrie française.

A côté des films à gros budgets, un certain nombre de jeunes réalisateurs, avec très peu de moyens et dans une sorte d’économie parallèle, font des films qu’ils parviennent à diffuser dans des salles et dans des festivals.

Ryûsuke Hamaguchi est de ceux là. Il a beaucoup réalisé en auto production et de cette façon et avec de nombreux films indépendants à son actif, il a fini par attirer l’attention. A tel point qu’en 2012 il a pu présenter son travail à l’occasion d’une rétrospective.

A l’époque de «Passion», il a vingt neuf ans, peu d’expérience sentimentale et maîtrise mal les techniques de cinéma. Par contre, il est un gros consommateurs de séries qui traitent d’histoires d’amour et il est passionné par le travail de cinéastes français comme Eric Rohmer ou Jean Grémillon capables de mettre en scène le quotidien et sa fantaisie.

Mais Ryûsuke Hamaguchi a su tirer le meilleur profit de ces influences et réaliser des films qui ne ressemblent à aucun autre et à constituer en une décennie, une œuvre personnelle qui s’est précisée depuis 2015 au moment de la sortie de «  Senses  » encensé au Festival de Locarno (Prix d’interprétation pour l’ensemble des actrices du film) et de «  Asako I et II  » en compétition officielle au Festival de Cannes 2018.

«  Passion  » comme les films de Ryûsuke Hamaguchi qui ont suivi, posent des questions à propos du mystère qu’ils renferment jusque dans leur limpidité qu’il semble garder jalousement, qu’il s’agisse de l’inspiration, du ton général si singulier qui se dégage des échanges et des confrontations, de la construction faite de ruptures de ton ou de digressions.

Composés de séquences réalistes à peine décalées, les films entretiennent leur propre mystère mettant à profit quelquefois une naïveté du propos présenté d’une façon complexe qui lui donne du poids (l’exposé sur la violence de la professeure de math face à sa classe en est un bel exemple).

«  Passion  » ajoute, avec sa sortie tardive, à la singularité d’une filmographie très personnelle, à la fois audacieuse et sage mais dont la sagesse de surface garde en réserve, avec une grande richesse d’inspiration, une belle observation de l’âme humaine, un regard malicieux, incisif et décalé sur les rapports entre des individus impliqués dans un même engagement affectif.

Un film à ne pas manquer pour tous ceux qui ont été sensibles au charme de «  Senses  » et de « Asako I et II  »et aux spectateurs amateurs de tonalités cinématographiques inédites.

Francis Dubois


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