Alice mène une vie routinière entre un époux aimant mais terne et ses deux enfants dans le confort d’un vaste appartement moderne.

Un jour, elle a la surprise de retrouver chez elle son frère cadet parti vivre au Japon et qu’elle n’a pas revu depuis longtemps.

Ces retrouvailles tendres et heureuses seront de courte durée puisque la nuit même, Nathan perd la vie dans un accident de la circulation.

Les quelques confidences que son frère avait à peine eu le temps de lui faire incitent Alice à partir sur les traces japonaises de son frère, à aller rencontrer la jeune fille dont il était amoureux et le mystérieux Daïsuke qui, disait-il, lui avait apporté l’apaisement intérieur.

Sur place, dans le village où vivait Nathan, elle va elle-même se rapprocher de ce vieux sage qui s’est donné pour mission de ramener à la vie les candidats au suicide sur le point de se jeter du hauts d’impressionnantes falaises.

cinéma : Le cœur régulier
cinéma : Le cœur régulier

Le film de Vanja d’Alcantara repose sur le contraste de deux cultures. Il s’ouvre sur une famille bourgeoise française, un couple de quadragénaires, deux adolescents ; deux ou trois scènes bien cadrées, contemporaines.

Alice qui y apparait enfermée comme dans un bocal ne révèle sa vraie nature enjouée qu’en présence de son frère. Ces quelques séquences d’un bonheur éphémère précèdent l’annonce de l’accident qui plonge le personnage dans un désespoir verrouillé.

Le Japon apparaît par la suite tel qu’on l’imagine en tant qu’occidental, sous sa forme citadine ultra-moderne, un peu glacée.

Il faut arriver dans le village où vivait Nathan pour que le contraste des cultures surgisse et qu’Alice entraperçoive le vrai sens de son voyage..

Dès lors «  Le cœur régulier  » va fonctionner au rythme de ses émotions, de ses approches, de ses découvertes, de tout ce qu’elle perçoit et qui la submerge.

Égarée dans un monde qui lui est étranger à tous points de vue, elle va résister et tenter de passer toutes les frontières pour arriver à cette communion posthume qui s’était ouverte au retour de Nathan à Paris mais qui était restée inaboutie.

Vanja d’Alcantara tire tout le parti possible du mélange de fragilité et de détermination du personnage et Isabelle Carré est parfaite pour jouer l’obstination aveugle d’une recherche confuse et instinctive dont elle ne sait pas qu’elle débouchera sur l’apaisement de la douleur et sur sa révélation à elle-même.

La réalisatrice a une parfaite connaissance du Japon si bien qu’autour du personnage décalé d’Alice se révèlent petit à petit et de façon presque souterraine, les rites d’une culture difficilement pénétrable pour une occidentale non préparée à ce voyage, où se mêlent dans un curieux brassage exotisme et souffrance.

Un joli et rude film qui repose beaucoup sur les épaules de sa fragile et robuste interprète et sur des paysages japonais inhabituels.

Francis Dubois


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