Le 9 août 1715, de retour d’une promenade, Louis XIV ressent une vive douleur dans une jambe.

Ce malaise obligera très vite le monarque à rester alité et l’entraînera quelques jours plus tard dans une lente agonie au cours de laquelle il sera assisté par ses fidèles et ses médecins.

Cinéma : la mort de louis XIV
Cinéma : la mort de louis XIV

Le film d’Albert Serra ne fait rien d’autre que de relater cette période allant du 9 août jusqu’au premier septembre au cours de laquelle le roi ne quittera plus sa chambre.

Le film est un huis-clos qui se déroule dans un décor unique.

Trois semaines pendant lesquelles Louis XIV voit défiler courtisans, ecclésiastes et ministres autour de ce qui sera son lit de mort.

Pour écrire son scénario, le metteur en scène, aura eu recours à deux ouvrages à la fois littéraires et historiques : Les mémoires de Saint-Simon et celles du Marquis de Dangeau.

Ces deux courtisans ont été témoins des derniers jours de Louis XIV et ont voulu consigner dans leurs notes, avec précision, chacun des moments du roi mourant auxquels ils ont assisté.

Certaines des paroles qu’il prononça y sont reprises mot pour mot, tout comme les états successifs de la jambe malade.

Une agonie n’est à priori, ni un beau spectacle, ni un spectacle varié.

Pourtant Albert Serra a su tirer de celle du monarque, un film puissant et magnifique dont la force de la mise en scène réside dans le respect de la répétition des faits réduits par le force du sujet, à un petit éventail de possibilités.

Toute dramatisation est écartée du récit et le spectacle du roi alité est filmé dans son intensité dramatique et psychologique.

Le film est la représentation de la mort vécue, d’un inventaire, d’un quotidien où reviennent les mêmes gestes, les mêmes regards (ceux des proches où se lisent le pessimisme et l’issue fatale ; ceux du roi lui-même où se lit la sérénité de la fatalité)

« La mort de Louis XIV  » est un film « pictural » où chaque plan est magnifiquement éclairé pour créer pénombre et clairs obscurs, et ambrer le décor unique de la chambre, les costumes, les perruques, le poudrage des visages, l’inquiétude des regards.

Le film d’Albert Serra est à la fois d’une grande audace et d’une grande sobriété .La rigueur des cadrages, la maîtrise de la caméra donnent une mise en scène à la fois minimaliste et somptueuse.

Et s’il faut rendre hommage aux comédiens qui interprètent l’entourage proche du roi, le film bénéficie de la présence magnifique du toujours surprenant Jean-Pierre Léaud.

On ne peut parler le concernant que de présence puisque son interprétation, en dehors de la première scène du retour de promenade où il dialogue avec ses chiens, ne recourt pas au geste et très peu à la parole.

Jean-Pierre Léaud est réduit au seul espace qu’il occupe et pourtant il est magnifique, immense et chacun de ses regards évoque à la fois la puissance du monarque et la modestie de l’homme condamné et qui le sait.

L’adolescent espiègle des «  400 coups  » est devenu au bout d’une filmographie exigeante, un très « grand bonhomme » du cinéma français.

Un film éblouissant.

Francis Dubois


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