Le retour du loup en France agite beaucoup le monde des éleveurs d’ovins et les bergers dans le sud du pays. C’est également un sujet qui ne laisse pas l’opinion publique indifférente.

Jérôme Ségur, habitué à aller chercher les sujets de ses documentaires à l’autre bout du monde, à

rencontrer des pêcheurs aux prises avec des requins plus gros que leurs embarcations, des chasseurs capturant des pythons à mains nues ou des cornacs vietnamiens capturant des éléphants au lasso, s’est colleté cette fois à un sujet de proximité.

«  La gueule du loup  » n’est pas élaboré selon les schémas habituels du genre documentaire et s’il fallait le rapprocher d’une référence littéraire, il relèverait plutôt de l’essai.

Cinéma : la gueule du loup
Cinéma : la gueule du loup

L’idée de Jérôme Ségur était surtout de ne pas tourner un énième documentaire animalier sur la réintroduction des loups dans nos campagnes mais plutôt de s’attacher à ce que son retour implique, à ce qu’il déclenche dans les mentalités des personnes directement concernées ou pas et à la zizanie qu’il sème.

Il ne s’agissait pas non plus d’illustrer le conflit entre les hommes au sujet du loup.

Par sa seule présence, le loup remet en question à sa façon, l’organisation de la société, l’ordre social, les consensus.

Par les conflits qu’il provoque, est-il devenu l’animal de la discorde ?

En France, son retour suscite beaucoup plus de tensions que dans les autres pays européens logés

à la même enseigne où les réactions ne sont pas aussi vives.

Le loup est-il l’ange –ou le démon- annonciateur d’un nouveau monde globalisé plutôt qu’une renaissance de la vie sauvage ?

Dans son film, Jérôme Ségur s’est surtout attaché à deux points :

Filmer la beauté, l’ampleur des paysages et les troupeaux de bêtes qui y fourmillent en liberté sans oublier les chiens de bergers qui ont, dans le décor, une place prépondérante.

Composer, avec les différents protagonistes qui interviennent dans le film, des portraits attachants, que les personnes choisies appartiennent au camp des anti ou des pro loups.

Il émane de ces « rencontres » souvent contrastées autant de rugosité que de douceur et une authenticité terrienne réjouissante.

Viviane et Jean-Loup vivent dans « la cabane » avec leur petite fille. Viviane plaide pour le loup même si elle regrette les dégâts qu’il provoque. Jean-Loup est contre, tout en avouant que l’animal redouté le fascine.

L’un et l’autre représentent cette France divisée sur le sujet.

Les fonctions de Manoël Atman à la tête de  » l’Alliance avec les loups », lui ont fait perdre beaucoup de ses amis et dans les régions pastorales de Haute-Loire qu’il sillonne, il est mal considéré.

Didier Trigance est un opposant radical à la présence des loups dont il dit que leur retour vient remettre en question trente années de travail acharné qui lui ont permis de constituer son cheptel de mérinos.

Mieux qu’un documentaire explicatif, le film de Jérôme Ségur se résume à un regard et à une écoute. Il respecte les propos enflammés des opposants et sa caméra se fait tendre quand il faut accompagner ceux qui ont de l’affection pour les animaux qu’ils soient moutons, chèvres, chiens fidèles ou un jeune veau orphelin.

On ne sait peut-être pas au bout de la projection, si on est un pro ou un anti loup mais on en sort avec l’âme bucolique, le plaisir de se dire que ces bergers bougons, rudes ou sensibles sont les derniers poètes du monde rural.

Quel bonheur !

Francis Dubois


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