Rose, une adolescente entre perversité et candeur, s’immisce dans la vie d’un ouvrier polonais venu en France retrouver un fils qu’il ne connaît pas.

Rose, secrètement attirée par Josef, se met en quête de retrouver le fils et de le mettre en relation avec son père.

Bonté d’âme ou démarche perverse ? Une relation triangulaire s’installe entre les trois personnages et finit par déclencher des bouleversements dans la vie de chacun.

Cinéma : crache coeur
Cinéma : crache coeur

Comme son héroïne, Julia Kowalski a fait de la flûte traversière. Comme elle, son père était chef de chantier et embauchait des ouvriers polonais.

Et le personnage de Rose a été écrit au plus près de ce à quoi la réalisatrice ressemblait adolescente.

Cependant, le récit sur lequel est au final basé le film, est une version très romanesque de son adolescence.

Le plus étrange – sans doute ce qui apporte au film une grande part de sa singularité – est le parti-pris d’intemporalité.

Ni les décors, ni les costumes ne rattachent le récit à une époque précise.

On sait qu’il ne s’agit pas de la période actuelle puisque le téléphone portable est absent des moyens de communication.

«  Crache-cœur  » fonctionne sur un trio de personnages; sur la relation au père, qu’il soit présent comme celui de Rose qui s’efforce de garder le meilleur de sa relation avec sa fille, ou fantomatique comme celui de Roman qui cherche à recréer une paternité qu’il a désertée pendant plusieurs années.

Les personnages se montrent souvent très impulsifs et le geste prime sur la psychologie. Rose tient contenu, un bouillonnement intérieur et sa maladresse à exprimer, se traduit par des réactions dont elle ne semble pas toujours avoir la maîtrise et qui dénonce une profonde frustration.

Mais derrière les clichés : l’ouvrier polonais alcoolique, les adolescents mal dans leur peau, rétifs et qui vont dans le sens inverse de leurs pulsions, il y a des portraits beaucoup plus nuancés et, au final, des personnages plus complexes et singuliers qu’il n’y paraît de prime abord.

Le choix de l’intemporalité avec des intérieurs vieillots, des extérieurs qu’il est difficile d’identifier (arrêts de bus, salles de classes, cour de collège…) donne une coloration « années 70/80 »

qui sert le personnage principal en lui laissant une totale liberté d’être et libre cours à ses pulsions d’adolescente.

Les scènes d’amour qu’on pourrait qualifier d’audacieuses se présentent comme un passage obligé de l’adolescence et même si l’une d’elle a lieu sous un abribus, elle n’est pas dépourvue de cette tendresse que traduit la musique dominante du film, la douceur mélodique et étrange de la flûte.

« Crache-cœur » est un portrait brut de l’adolescence quand les élans spontanés et empreints de tendresse se cachent derrière la rugosité des apparences.

Francis Dubois


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