A 24ans, chanteur dans un groupe de hard-rock, Vincent vit seul avec son père, un poissonnier ambulant, depuis la mort récente de sa mère.

Leur cohabitation n’est pas toujours facile. Les difficultés portaient jusque là sur des points de détail. Ce qu’Hervé supporte le moins chez son fils ce sont les tatouages qui recouvrent une partie de son corps.

Mais la donne change le jour où le père ramène une jeune femme dans l’appartement. Vincent supporte mal le peu de temps qu’il aura suffi à Hervé pour remplacer sa mère et à mesure que le climat se tend entre le père et le fils, Vincent se rapproche de Julia. Celle-ci qui n’est sans doute guère plus âgée que lui ne décourage pas la complicité qui s’installe entre eux.

Cinéma : Compte tes blessures
Cinéma : Compte tes blessures

Le sujet n’est pas neuf mais Morgan Simon le traite sans détours ni précaution, de façon frontale en mettant en scène des personnages qui ne « psychologisent » jamais, qui vivent leur désir comme il leur vient, ne tentent jamais d’analyser la situation où ils sont progressivement plongés.

Ni Vincent, ni Hervé, ni Julia qui appartiennent à un milieu prolétaire où le non-dit est de rigueur ne s’interrogent sur les sentiments qui les occupent. La non communication qui régente leurs relations les emprisonne dans le silence.

Vincent obéit à ses pulsions de jeune mâle.

Hervé voit le danger se profiler et demande brutalement à son fils de quitter l’appartement.

Quant à Julia, elle se contente de se trouver partagée entre deux hommes dissemblables à tous points de vue mais auxquelles elle se sent peut-être également attachée.

Sur cette trame narrative assez convenue, se greffent deux éléments complémentaires peut-être indissociables qui constituent un véritable univers : le tatouage et la musique hardcore. Mais ces deux éléments qui rapprochent Vincent de Julia, pour une question de génération, crée au contraire une fossé entre Vincent et son père qui ne voit dans l’exercice de la musique qu’un pis-aller et dans le tatouage, un engagement inutile de son corps, voire une dénaturation chargée d’impudeur.

Lorsque Vincent se fait tatouer dans le cou le portrait de son père, celui-ci au lieu de lire là une preuve d’amour, rejette violemment le signe adressé. Entre les deux, l’incompréhension est dorénavant devenue totale

Et ce sont ces malentendus reconduits qui finissent par installer un climat irréversible qu’entretient le non-dit et cette pudeur qui interdit de dire les choses et parfois jusqu’aux échanges de regards.

Morgan Simon est servi, dans la mise en scène de son film resserrée sur un trio, par une distribution forte à la fois cohérente et contrastée.

Kewin Azaïs qui, depuis «  Les Combattants  » qui l’a révélé ne cesse de « grandir » et qui, de film en film, arrive au premier plan des comédiens d’avenir ; Monia Chokri, remarquée chez Xavier Dolan (« Les amours imaginaires « , « Laurence Anyways « ) Claire Simon ou Katell Quillévéré («  Réparer les vivants « ) et Nathan Willcocks comédien de théâtre britannique qui donne au personnage d’Hervé une émotion dans un jeu subtilement « cadenassée ».

Un film à voir pour la façon personnelle avec laquelle est traité un sujet rebattu d’une rivalité amoureuse entre un père et son fils.

Francis Dubois


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