Au milieu de l’été, dans un jardin public de Berlin, Sasha, trente ans, décède subitement d’un arrêt cardiaque.

Alors qu’ils se connaissent à peine, le deuil brutal rapproche Lawrence le compagnon de Sasha, et sa sœur Zoé.

S’ils réagissent de façon différente au drame, ils partagent comme ils peuvent la peine et le poids de l’absence, le temps de trois étés consécutifs entre Berlin, Paris et New-York.

Le film de Mikaël Hers suit, sur ces trois années, le retour à la vie « normale » de Lawrence et de Sasha portés par le souvenir de celle qu’ils ont aimée.

Cinéma : ce sentiment de l'été
Cinéma : ce sentiment de l’été

Mise à part la chute brutale de Sasha sur la pelouse d’un jardin public, «  Ce sentiment de l’été  » fait l’impasse sur les événements saillants qui pourraient émailler le récit.

Un parti-pris narratif qui en fait une sorte de chronique douce sur le lent accomplissement d’un deuil, tient à des enchaînements de moments de contact et d’intimité prudente entre les protagonistes.

Le récit, tel qu’il est conduit par Mikaël Hers, établit très vite entre les personnages qui constituaient de près ou de loin l’environnement affectif de Sasha, une sorte de familiarité, de proximité intime.

Les personnages secondaires surgissent et s’effacent avec ce naturel, cette fluidité qui reflètent le déroulement ordinaire de la vie.

La complicité qui s’établit entre Lawrence et Zoé, la tendresse qui les habite et les ramène sans cesse l’un vers l’autre, déboucheront-t-elles sur une histoire d’amour qui comblerait le manque affectif qu’a produit chez eux la brutale disparition de Sasha ?

L’amour rôde au fur et à mesure des rencontres qu’ils souhaitent, qu’ils provoquent, auxquelles ils accordent une fidèle régularité et à chacune de leurs retrouvailles, on les voit se frôler, se témoigner les signes d’une amitié amoureuse.

Chacune des villes à chaque été donne un nouvel éclairage à leurs retrouvailles et les ramène au même point de leur relation dont le but secret n’est peut-être que de maintenir vivant, avec la même force, le souvenir de la disparue.

Un deuil a besoin de temps, de passer par différentes étapes de désespoir, d’abattement ou de mélancolie, de fous-rires exutoires, pour parcourir son chemin.

Mickaël respecte la lenteur du processus et il aborde les séquelles de l’événement douloureux avec délicatesse, douceur et cette forme de bienveillance qui n’enlève rien à la dimension violente de l’absence.

Dans son film, on a la sensation que les villes et les lieux d’habitation se ressemblent sans doute à cause de la même lumière estivale qui les noie.

Dans la dernière partie du film, les corps reprennent tout à coup le dessus et se libèrent. Lawrence traverse les rues en courant, joue au hand-ball avec Zoé, fait l’amour avec Ida. Les vies retrouvent un cours vivant dans une sorte de chorégraphie naturelle dont on se surprend à découvrir qu’elle est le signe que la reconstruction s’est produit, que le deuil fini, il n’y aura plus qu’à continuer à vivre.

On remarquera au générique les noms de Marie Rivière (la mère) et de Féodor Adkine (le père) qui furent tous deux des interprètes d’Eric Rohmer et même si la musique narrative de Mikhaël Hers, si singulière, lui est bien personnelle, on se laisse émouvoir par ce discret rappel qui n’est sans doute pas un simple hasard.

Un film attachant, hors des sentiers battus…

Francis Dubois


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