
Depuis que sa femme a quitté le domicile, Mario assure le quotidien domestique et s’occupe seul de ses deux filles, Fida, quatorze ans, qui lui reproche le départ de sa mère et Niki, dix-sept ans, en pleine crise d’indépendance. Confronté à des difficultés quotidiennes, souvent dépassé par les événements, Mario n’attend qu’une chose : le retour de sa femme.

Il faut comprendre ce titre comme une question plutôt qu’une affirmation et sous cet éclairage voir un film comme un récit où chaque membre d’une famille adopte une posture différente à un moment critique de sa vie. « C’est ça l’amour » est une plongée dans la vie de cette famille à un moment critique où chacun croit être victime d’incompréhension de la part des autres et de prises de position hâtives et ravageuses sous l’effet de constants mouvements d’humeur liés à la situation douloureuse du départ de la mère.
Si le film précédent de Claire Burger « Party girl » dressait le portrait d’une femme forte, farouchement indépendante, « C’est ça l’amour » dresse celui d’un homme fragilisé, vulnérable, exposé à une situation face à laquelle il est totalement démuni et qui, dans les circonstances, a du mal à s’affirmer.
Il tente de garder la tête hors de l’eau avec ce qui lui reste, l’amour qu’il porte à ses deux filles avec qui il tente de garder les meilleurs rapports même si chacune traverse une période de l’adolescence qui la met à des degrés différents en position d’hostilité ou de refus systématique.
« C’est ça l’amour » décrit la déflagration que peut produire l’absence et le traumatisme de la rupture et la reconstruction des personnes qui subissent l’épreuve de plein fouet.
Claire Burger tourne habituellement avec des comédiens non professionnels, souvent issus de sa région d’origine et de sa ville, Forbach.
Ici, elle amorce un virage avec le choix de Bouli Lanners pour interpréter le personnage de Mario, le père blessé et désemparé qui tente, dans la tourmente, de garder en main les grandes lignes de son rôle de père aimant.
Elle ne pouvait faire de meilleur choix car le comédien belge qui n’a pas hésité à vivre quelques temps à Forbach pour mieux s’imprégner de son personnage, fait preuve de beaucoup de générosité et de d’humanité.
Et si les deux jeunes comédiennes qui jouent Frida et Niki, dont c’est la première expérience de cinéma, proviennent d’un casting sauvage, elles forment avec Bouli Lanners un trio familial plus que convaincant.
Si « C’est ça l’amour » est le portrait d’une famille, il est aussi en filigrane, celui d’une ville et d’une classe sociale.
Si, au cinéma on situe généralement les récits dans les catégories sociales soit aisées soit défavorisées, Claire Burger a choisi de situer « C’est ça l’amour » à mi-chemin, dans la classe moyenne et, pour plus d’authenticité, a réalisé le tournage du film dans sa propre maison de famille, à Forbach.
Un beau film touchant et drôle, porté par un magnifique trio d’acteurs et dont la justesse du regard porté par la réalisatrice est confondant…
Francis Dubois
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