Après le scandale que provoqua la projection de l’âge d’Or au studio 28 à sa sortie en 1930, Luis Buñuel voit se fermer toutes les portes de la production et se retrouve dans l’impossibilité de financer ses nouveaux projets.

Sa rencontre avec le photographe Eli Lotar qui lui offre la thèse ethnographique de Maurice Legendre «  Las Jurdes : étude de géographie humaine  » et ses retrouvailles avec le poète et sculpteur Ramón Acin, qui lui promet de produire son prochain film s’il gagne à la loterie, vont changer la vie du réalisateur et relancer sa carrière.

Le miracle se produit et, comme promis, Ramon Acin chanceux au jeu, investit ces gains dans la réalisation du documentaire qu’avait en projet Luis Bunuel.

Désormais, avec Ramon Acin comme producteur, auquel se joindront Lotar qui fera la photo grâce à une caméra prêtée par Yves Allégret et Pierre Unik qui assistera Buñuel pour la réalisation, l’équipe se rend à La Alberca où se tient une grande fête populaire.

Mais très vite, le réalisateur se rendra compte qu’il ne peut pas se contenter de poser sa caméra et de filmer, qu’il lui faut mettre en scène les situations pour faire ressentir au spectateur la réalité de la misère endémique de cette région.

Adapté du roman graphique de Fermin Solis « Buñuel et le labyrinthe des tortues  », le film de Salvador Simó conserve le côté ligne claire de la BD, y ajoute des couleurs douces et une animation fluide qui baignent le film d’une grande douceur pour un dessin animé, le rendant même par moments fort émouvant quand surviennent, comme des ponctuations, une respiration sensible, en inserts, les séquences du film réalisé à l’époque.

Cinéma : Bunuel, après l'âge d'or
Cinéma : Bunuel, après l’âge d’or

Et après :

Ramón Acin et sa compagne furent fusillés par les fascistes en 1936.

Pierre Unik disparut à la suite de son évasion du camp de Schmiedeberg en 1945.

Eli Lotar continuera à travailler dans le cinéma et réalisera en 1946 un documentaire « Aubervilliers  » écrit par Jacques Prévert avec une musique de Joseph Kosma. Buñuel lui, s’exilera et tournera la majorité de ses films au Mexique, puis en France ;

En 1936, la république espagnole autorisa la sortie de « Terre sans pain  » mais dans une version censurée à laquelle manquera le nom de Ramón Acin.

En 1965, Luis Buñuel,et le producteur Pierre Braumberger décident de sortir le film dans une version non censurée qui permit au réalisateur, avec les bénéfices du film, en signe de reconnaissance à Ramon Acin, de dédommager les deux filles .

En retraçant cette période sombre qu’a traversée la carrière du cinéaste et en montrant les lignes de sa personnalité, pugnacité et humour «  Bunuel après l’âge d’or  », lui rend un magnifique hommage l’occasion de le ramener sur le devant de la scène, alors que ces dernières années, les initiateurs de rétrospectives l’ont un peu mis au rancart….

Un vrai joyau.

Francis Dubois

« Terra sans pain » est visible sur You tube.


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