Kadder Attou, fondateur de la Cie Accrorap avec entre autres Mourad Merzouki, est l’un des acteurs majeurs de la scène hip-hop, qu’il a contribué à transformer en une véritable scène chorégraphique en y mêlant acrobaties, break, danse contemporaine et cirque.

Cette fois ils sont trois, lui et deux autres figures marquantes du hip-hop Régis Truchy et Mansour Abdessadok, chacun avec leur univers. Il y a le perfectionniste qui à la recherche de l’harmonie veut maîtriser chacun de ses mouvements mais ne peut éviter des dérapages qui suscitent le rire. Le second est plus imprévisible, se lance dans des improvisations qui le mènent au petit pas de trop au bord de la catastrophe. Le troisième semble indifférent, promène une certaine nonchalance tout aussi comique. A priori l’élégance de la danse ou la virtuosité du hip-hop paraissent bien éloignées du burlesque, pourtant de glissades en rattrapages périlleux, de maladresses en ratages brillants les trois danseurs nous mènent au burlesque.

Vêtus de costumes datés, ils nous renvoient aux génies du cinéma burlesque. Comme échappés d’un film de Buster Keaton, les trois compères dévalent les deux escaliers installés à jardin, au risque de la chute, ouvrent des portes, au risque de heurter celui qui arrive ou s’arrêtent au bord du vide empoignés par leur partenaire. Les accessoires, les situations vont nous y renvoyer. Une valise et on pense au Charlie Chaplin de L’émigrant, un gros ballon rouge, avec lequel ils jouent avant de le passer à la salle et de le faire brusquement éclater, et on pense au Dictateur dont des images apparaissent à la fin du spectacle. Essayer d’attraper un lustre grâce à un échafaudage de trois chaises placées sur une table n’effraie pas l’un des compères, quand il y arrive au prix d’efforts insensés, on pense à Harold Lloyd suspendu à l’horloge de la ville, juste avant que l’on découvre le stratagème derrière l’exploit péniblement réussi.

La musique dominée par l’accordéon ouvre vers une fin plus nostalgique. La complicité des trois danseurs qui leur permettait tous les rattrapages semble s’effriter, lorsque assis autour d’une table, deux d’entre eux semblent se moquer du troisième, qui de guerre lasse enfile un masque de chevreuil.

Humour et grâce dans ce mariage du hip-hop et du burlesque.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 1er novembre à La Scala, 13 bd de Strasbourg, 75010 Paris – du mercredi au samedi à 19h, dimanche 15h – Réservations : 01 40 03 44 30 ou sur lascala-paris.fr – Tournée :20 novembre Les théâtres, Maisons-Alfort (94), 25 novembre Théâtre Victor Hugo de Bagneux, 11 et 12 décembre Scène Nationale d’Alès, 18 janvier Miramas, Tournée MosaïqueArsud (13), 29 janvier Théâtre Municipal de Castres (81), 4 et 5 février La Stella à La Trinité (06)


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