Le chant de la terre de Gustave Mahler, composé durant l’été 1908, est un triste portrait de l’âme de l’artiste : « Sombre est la vie, sombre la mort ». Il faut dire qu’en 1907, Mahler perd sa fille aînée victime d’une diphtérie foudroyante alors qu’on lui annonce une maladie de cœur présentée comme mortelle (ce ne sera qu’une malformation bénigne). S’ajoute à ces drames intimes, une campagne de propagande antisémite qui le pousse à démissionner de la direction de l’Opéra de Vienne et à s’exiler aux États-Unis en décembre de la même année.
A la faveur de ce dépaysement, lui vient enfin l’inspiration et Mahler parvient à écrire une œuvre qui le libère : « J’ai beaucoup travaillé… Je ne sais pas moi-même comment appeler cette chose. Le temps qui m’a été octroyé a été bon, et je pense que c’est la chose la plus personnelle que j’ai faite. » (Lettre à Bruno Walter).
De fait, ce Chant de la Terre est une œuvre très originale : une mise en musique de poèmes chinois entre art symphonique et lyrique, une sorte d‘improvisation continue, un temps comme suspendu et une prépondérance des hautbois et flûtes, sans parler du large spectre parcouru par les voix d’un ténor associé à un baryton, entre héroïsme et douceur. Il ne manquait plus qu’à l’incarner par la danse et c’est justement ce que la mise en scène de Cholé Lechat propose en faisant appel au corps de ballet de l’Opéra Grand Avignon dans une chorégraphie de Jean Hostache. Mais pourquoi s’arrêter là alors que l’art est en perpétuel renouvellement? Avec la metteuse en scène, Celeste Langrée propose une scénographie associant les éclairages de Philippe Berthomé aux images animées d’Anatole Levilain-Clément.
Au final, Cholé Lechat nous offre ce qu’elle appelle un « rituel scénique » dans lequel se mêlent « l’adieu au monde et une tentative d’en saisir encore la beauté fugace. »
Si la Terre peut dans cette musique de Mahler et de malheur, évoquer l’enterrement, elle est aussi racine et horizon pour nous, terriens d’aujourd’hui qui savons qu’elle est notre seul et unique vaisseau spatial pour traverser l’existence.
Jean-Pierre Haddad
Distribution
Direction musicale Fiona Monbet
Mise en scène Chloé Lechat
Dramaturgie Raphaëlle Blin
Scénographie Chloé Lechat et Céleste Langrée
Costumes Céleste Langrée
Chorégraphie Jean Hostache
Éclairages Philippe Berthomé
Vidéo d’animation Anatole Levilain-Clément
Assistante à la mise en scène Lana Jung
Études musicales Romain Louveau
Ténor Uwe Stickert
Baryton Damien Gastl
Comédien et danseur Jean Hostache
Ballet de l’Opéra Grand AvignonEnsemble Miroirs Étendus
Opéra Grand Avignon. Place de l’Horloge, 84000 Avignon. Samedi 28 mars 2026 à 20h, Dimanche 29 mars 2025 à 15h. (Durée 1h30)
Informations et réservations : https://www.operagrandavignon.fr/le-chant-de-la-terre
Prologue : 45 minutes avant la représentation, l’Opéra Grand Avignon et l’Orchestre national Avignon-Provence proposent un éclairage sur Le chant de la Terre auquel vous allez assister.
Entrée libre sur présentation du billet du spectacle/concert
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