En novembre 2024, juste après l’élection du 47e président états-unien à la Maison Blanche, Martin Harriague, le nouveau directeur de la danse à l’Opéra Grand Avignon fêtait son arrivée avec son ballet America, centré sur la figure et la gestuelle d’un certain Donald Trump… J’écrivais alors : « S’il est incapable de nous séduire sur le fond, ses prestations relèvent du showman. La place de Donald Trump est peut-être plus justifiée sur une scène de spectacle qu’à La Maison Blanche où se décide le sort d’une bonne partie du monde. Si le bonhomme qui a mis les États-Unis d’Amérique au bord du coup d’État n’était pas aussi dangereux, nous rigolerions de sa rhétorique emphatique et pompeuse, de ses fanfaronnades de fils à papa et de son personnage clownesque, sinon de sa propagande populiste nauséeuse. Mais voilà, il va succéder à l’actuel occupant du Bureau Ovale et, au regard des conséquences possibles sur l’avenir du monde, le bonhomme cesse d’être divertissant pour devenir glaçant. Bon, il nous reste deux mois à rire… jaune ». En attendant le pire, Martin Harriague, chorégraphe audacieux et pertinent a choisi pour sa première soirée en tant que nouveau directeur de la danse de l’Opéra du Grand Avignon de nous livrer sa vision dansée de ce personnage baroque de la scène politique mondiale. Il faut dire que le clown milliardaire est une caricature physique et mimique de lui-même. Nous avons tous vu l’animal esquisser des gestes de twist à la tribune de ses meetings par exemple ! Cela ne suffit pas à faire vraiment spectacle mais peut le susciter à condition de dépasser l’anecdotique. D’un côté, les campagnes politiques états-uniennes sont depuis longtemps de grands spectacles ; de l’autre le chorégraphe avoue volontiers une fascination pour le dance-floor à l’américaine, avec une préférence pour Mickael Jackson. De ce croisementest né America. » Aujourd’hui, on n’a plus « guerre » envie de rigoler !
De son côté, Martin Harriague décrivait son audacieuse et remarquable proposition chorégraphique en ces mots: « J’utilise avec malice sa rhétorique simpliste et joue sur le paradoxe : le personnage est à la fois divertissant et glaçant. La rusticité des messages fait écho à la complexité du monde, la musicalité du langage enrobe la grossièreté des mots, le discours célèbre l’amour et la force brutale, chante la fierté en nous plongeant dans une nuit noire. Mais alors que ces paroles résonnent comme un glas, le rideau se lève sur d’autres récits – les récits d’espoir, d’optimisme et d’aventure d’une Amérique colorée et confiante qui fait tomber les murs. J’ai souhaité capturer l’énergie électrique et tumultueuse de cette société dans une danse explosive et jubilatoire, pleine d’inattendu. » (Martin Harriague).
En avril 2026, Martin Harriague reprend son ballet et 20 mois après novembre 2024, l’œuvre confirme la pertinence de la vision du chorégraphe d’un politique-clown, sauf que le clown a cessé d’être drôle ou rit tout seul !
Autant de bonnes raisons d’aller voir America, non pas pour tout comprendre aux décisions du fou de la Maison Blanche mais pour se déprendre, le temps d’une soirée, de la toxicité de son discours et de son image omniprésente sur les médias d’information du monde entier…
Une thérapie homéopathique où l’on tente de soigner le mal par le mal mais aussi par la danse et l’humour gestuel !
Jean-Pierre Haddad
Opéra Grand Avignon, Place de l’Horloge, 84000 Avignon. Le mardi 14 avril 2026 à 20h00.
Informations et réservations : https://www.operagrandavignon.fr/america-0
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