Lilas a été une petite fille qui cherchait sa place entre un frère aîné et un père qui la renvoyait à sa condition de « petite ». Elle s’est rebellée pour aller plonger et se perdre dans la mer en traversant la route que parcouraient à grande vitesse des automobiles, en buvant du champagne le « champomy des grands » et en jouant les adolescentes délurées avec les garçons. Son mot d’ordre était « moi aussi j’existe et je veux être libre ». Avide de sensations fortes, elle est allée de plus en plus loin, alcool, sexe, joints, coke. Pour arrêter de se dire que la vie c’est tout de même pas la mer à boire et sortir la tête de l’eau, il lui faut se reconnecter aux autres dans une grande vague festive.
Blanche Sottou a écrit ce texte où l’on passe du rire à l’émotion, de la dérision à la solitude, avec cette Lilas écartelée entre Lilaspeur et Lililibre, accompagnée par Lilasenfant, l’enfant intérieure qui reste auprès de Lilas adulte. Blanche Sottou, que l’on a pu voir déjà à la Comédie Française, est seule en scène avec une console sur laquelle elle programme au fil du récit des musiques, écrites par Illies Makhlouf (alias Makhi), mêlant pop française, jazz et techno. Elle interprète treize personnages, passant de la voix grave du père à celle de l’enfant ou à celle blasée des adolescents, confits dans l’ennui et la lassitude des « tu verras ça plus tard, quand tu seras grande ».Elle prête sa voix à ces personnages, mais adopte aussi leur gestuelle, visage levé de la petite fille regardant les grands, pose de l’ado blasé tenant sa cigarette en toisant les adultes. Elle chante aussi avec une voix belle et forte ses manques, ses désirs contradictoires et à la fin appelle les spectateurs à la rejoindre pour danser. Elle est splendide.
Micheline Rousselet
Jusqu’au 10 décembre au Théâtre La Flèche, 77 rue de Charonne, 75011 Paris – les jeudis à 21h – Réservations : 01 40 09 70 40 ou www.theatrelafleche.fr/la-saison/
Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.
Des remarques, des suggestions ? Contactez nous à culture@snes.edu