Les requiem seraient-ils des musiques d’automne ? Après les agitations de l’été, vient le temps du « repos », le « requiem » en latin… Sans nous inviter au « repos éternel » qui ne presse nullement, l’Orchestre national Avignon-Provence nous propose deux requiem en écho l’un de l’autre. Un repos d’automne bien à propos.
Contrairement à la tradition, le Requiem de Gabriel Fauré (1845-1924) ne fut pas composé pour une messe mortuaire, le musicien dont la mère était encore en vie en 1888, aurait même déclaré : « Mon Requiem a été composé pour rien… pour le plaisir, si j’ose dire ! » De fait, il fut joué à la Madeleine, dont Fauré était chef de chœur, à l’occasion des obsèques d’un paroissien sans lien avec le musicien. Mais l’œuvre fut retravaillée à maintes reprises et c’est seulement en juillet 1900 que la version symphonique fut donnée au Palais du Trocadéro sous la direction de Paul Taffanel, dans le cadre des concerts officiels de l’Exposition universelle de 1900. Écrit en pleine maturité, le Requiem de Fauré se démarque de la liturgie traditionnelle, le compositeur ayant fait le choix d’omettre les tourments du Dies Irae pour y intégrer des pages d’une grande pureté, comme le célèbre Pie Jesu ou le mouvement final In paradisum.
Grande figure de la tradition chorale outre-Manche, John Rutter (1945 -) compose son Requiem en 1985 à la suite de la disparition de son père. Sa création est profondément liée à l’œuvre de Fauré car avant de débuter sa partition, Rutter s’est longuement imprégné d’un manuscrit original du compositeur français, annoté de sa main. De cette étude naît une approche commune. Loin de l’effroi du jugement dernier, les deux musiciens se recentrent avec sérénité sur le sens premier du mot « requiem » : le repos, l’apaisement.
Pour ce programme, l’ONAP retrouve le Chœur de l’Opéra Grand Avignon et son chef Alan Woodbridge. Après avoir exploré ensemble le Requiem de Mozart puis la Symphonie n° 9 de Beethoven lors des saisons précédentes, les deux formations se réunissent pour faire dialoguer le Requiem de Gabriel Fauré, achevé en 1893, et celui du compositeur britannique John Rutter, écrit près d’un siècle plus tard.
L’écho musical entre les deux Requiems sera doublé d’un écho architectural et géographique puisque l’ONAP donnera deux représentations, même programme, l’une à l’Opéra Grand Avignon, l’autre à la Cathédrale de Carpentras.
Et si on doublait le plaisir en allant comparer les deux acoustiques ? La curiosité ne réclame aucun repos !
Jean-Pierre Haddad
PROGRAMME
John Rutter, Requiem
Gabriel Fauré, Requiem (version 1893)
Alan Woodbridge, direction musicale
Guillaume Andrieux, baryton
Raphaële Andrieu, soprano
Fleur Bouilhet, soprano
Jean-Michel Robbe, orgue
Chœur de l’Opéra Grand AvignonOrchestre national Avignon-Provence
Concert en coréalisation avec l’Opéra Grand Avignon et le Festival Musique Sacrée et Orgue en Avignon
Opéra Grand Avignon, Place de l’Horloge 84000 Avignon. Vendredi 30 octobre 2026 à 20h. (Durée : 1h30 sans entracte). Avant-concert : Introduction du concert par un des membre de l’équipe artistique ou musicale. De 19h15 à 19h45, salle des Préludes.
Cathédrale Sain-Siffrein, 3 place Saint-Siffrein, 84200 Carpentras. Samedi 31 octobre 2026 à 20h.
Informations et réservations : https://www.orchestre-avignon.com/concerts/requiem-de-rutter-a-faure/
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