Pour le premier spectacle de sa saison Captives, l’Opéra Grand Avignon propose une œuvre de maturité du génial Giuseppe Verdi (1813-1901), Aida. Une épopée tragique où tous les personnages sont captifs et mêmes de plusieurs choses à la fois ! Captifs de l’amour, de leur condition, des circonstances, de leurs maîtres, voire de leurs rêves par lesquels ils cherchent pourtant à s’évader d’une réalité oppressante. Tout cela dans le cadre d’une Égypte d’opéra, baignée d’orientalisme et très à la mode au moment de la création de l’œuvre qui se fit sur une idée de l’égyptologue français Auguste Mariette, avec un livret d’Antonio Ghislanzoni. Aida devait inaugurer l’ouverture du Canal de Suez mais finalement, l’œuvre fut donnée pour l’inauguration de l’Opéra du Caire en décembre 1871.
L’argument est connu, certes un peu moins que le fameux air de La marche triomphale, mais rappelons-le pour se remettre en mémoire le degré et la complexité du tragique de l’œuvre : Aida, princesse éthiopienne réduite en esclavage, aime en secret Radamès, jeune chef militaire égyptien. Celui-ci partage ses sentiments, mais il est également convoité par Amneris, la fille du Pharaon. Lorsque la guerre éclate entre l’Égypte et l’Éthiopie, les amants se retrouvent déchirés entre leur amour et leur devoir envers leur patrie respective. Vainqueur des armées ennemies, Radamès découvre que le roi éthiopien Amonasro n’est autre que le père d’Aida. Confrontée à un impossible choix entre son amour et sa famille, la jeune femme entraîne malgré elle Radamès dans une tragédie où se mêlent passion, loyauté, jalousie et sacrifice.
Cependant, la mise en scène de Frédéric Roels, directeur de l’Opéra Grand Avignon, n’entend pas céder aux clichés éculés : « L’effet peplum auquel nous a habitué une iconographie pléthorique issue de productions du type Zeffirelli me semble pervers : c’est une distraction destinée à nous amener à un autre endroit que ce que l’œuvre raconte vraiment. » Pour Roels, Aida, c’est l’histoire du rêve amoureux et de celui de retour au pays, se fracassant contre « un pouvoir dictatorial et religieux asphyxiant », autant dire une thématique intemporelle. Du point de vue esthétique, cet opéra de Verdi est remarquable car il parvient « à conjuguer le spectaculaire à une théâtralité profonde, en tout point crédible et admirablement traduite par la musique. » ajoute-t-il. Une mise en scène actualisée et rehaussée par une chorégraphie du talentueux chorégraphe Matin Harriague pour le corps de ballet de l’opéra.
Une belle et passionnante représentation en perspective. Cerise sur le gâteau – une pièce montée, bien sûr ! –, en marge des représentations, l’Opéra Grand Avignon offre et propose au public plusieurs activités et découvertes autour de l’œuvre de Verdi. C’est que cette maison d’opéra à cheval sur le Gard et le Vaucluse est au top du service public de la culture en combinant la qualité du travail, la curiosité intellectuelle et émotionnelle et la diversité des plaisirs et des publics. Un service public émancipateur… et exemplaire !
Jean-Pierre Haddad
Distribution
Direction musicale Débora Waldman
Chefs de chœur Alan Woodbridge, Noëlle Gény
Mise en scène Frédéric Roels
Scénographie Bruno De Lavenère
Costumes Lionel Lesire
Lumières Laurent Castaingt
Chorégraphie Martin Harriague
Aida Claire de Monteil
Radamès Marc Laho
Amneris Marie Gautrot
Amonasro David Vardan
Ramfis Nika Giuliashvili
Il Re Jacques-Greg Belobo
Sacerdotessa Aurélie Jarjaye
Messaggero Julien Desplantes
Opéra Grand Avignon, Place de l’Horloge, 84000 Avignon. Vendredi 16 octobre à 20h00, dimanche 18 octobre à 15h00 et mardi 20 octobre 2026 à 20h00 (Durée 3h20 avec entracte.).
Informations et réservations : https://www.operagrandavignon.fr/aida
La séance du dimanche 18 sera retransmise sur écran géant et gratuitement, à 15 h. Place Saint-Didier à Avignon. (Transats gratuits sur la place.)
Autour des représentations :
Prologue : 45 minutes avant la représentation, un temps de présentation vous est proposé autour du spectacle auquel vous allez assister.Un rendez-vous offrant des clés d’écoute, des repères sur l’œuvre, sa mise en scène ou son contexte de création, pour enrichir l’expérience du spectacle. Ce prologue sera assuré par Hervé Cassini. Entrée libre sur présentation du billet
Baptême de l’air : une invitation à découvrir un air ou un extrait de chœur en le chantant vous-même !
Accompagnés par une cheffe de chœur et un·e pianiste, les participants partagent pendant une heure le plaisir de chanter ensemble. Accessible à tous, sans prérequis, ce moment convivial et chaleureux est une porte d’entrée idéale pour découvrir l’univers de l’opéra de l’intérieur. Dès 15 ans. (Tarif : 6€)
Immersion dans les coulisses : Avant le lever de rideau, visite des coulisses et découverte de l’envers du décor.
Guidée par une médiatrice de l’Opéra, cette visite offre un regard privilégié sur la vie du théâtre au moment où tout se met en place. Gratuit sur réservation. (Réservé aux détenteurs d’un billet du spectacle du jour.)
Répétition publique : Assistez à une répétition de mise en scène de cet ouvrage.Un moment privilégié pour observer l’opéra en train de se construire, entre recherche, ajustements et échanges artistiques.Gratuit sur réservation (Ouverture des réservations un mois avant la date.)
Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.
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