Dans la Nubia du vingt-deuxième siècle, Farafina, une femme riche, libre, puissante, héritière d’une famille royale a épousé Francis (la France), un homme charmeur mais un peu raté, qui vit à ses crochets. Dans ce couple très libre, Farafina a un amant Yevgeni, mais il ne sait pas la faire jouir, et elle reste très attachée à Francis, qui a aussi quelques maîtresses et un amant, un Américain Bruce, cynique et machiste. Celui-ci prévoit de provoquer un changement climatique sur une région de la Nubia pour pouvoir exploiter des terres rares une fois la région vidée de ses habitants. Pour compléter le portrait des relations France-Afrique à travers l’histoire de cette famille dysfonctionnelle, Leonora Miano y ajoute quelques personnages. Farafina et Francis ont eu deux garçons, dont l’un est aussi l’amant de Bruce et semble adhérer à son projet, au point d’avoir assassiné son frère plus soucieux de l’avenir de son pays (on pense à l’assassinat de Thomas Sankara par exemple). Et enfin surgit une petite fille qui pour Farafina incarnera un avenir débarrassé de l’exploitation coloniale et masculine.
Léonora Piano dit avoir souhaité parler du « lien trouble et dérangeant » qui unit la France à l’Afrique avec un passé violent mais aussi un « attachement mutuel pour voir si une issue rédemptrice et émancipatrice pour tous peut être envisagée ». Elle a souhaité faire, dans une ambiance cabaret, une sorte de série à la Dallas, la première avec des personnages tous Noirs. Malheureusement la multiplication des thèmes (colonialisme, néo-colonialisme avec l’exploitation des ressources qui aboutit à la destruction de l’environnement, libération des femmes de la domination masculine y compris sexuelle, violence dans les luttes sur les choix de développement, importance de la spiritualité, etc) finit par perdre le spectateur qui passe beaucoup de temps à se demander où elle veut en venir. En outre son texte sombre parfois dans les clichés et c’est dommage.
Léonora Miano a aussi assuré la mise en scène. Le choix de l’ambiance cabaret convient bien à cette histoire de désir, de domination, de femmes fortes. Des vidéos permettent d’élargir le propos, d’aller des réfugiés qui se pressent sur les routes au monde luxueux et futuristes des puissants. La scénographie de Laure Pichat – les tentures des murs avec les motifs africains sur fond de couleur chaude, un mausolée de terre avec une frise africaine – est très réussie. Les costumes sont beaux et les perruques (Sephora Joannes) sont époustouflantes. La distribution est un peu inégale mais il faut saluer la prestation d’ Astrid Bayiha dans le rôle de Farafina et de deux comédiens qui sont aussi des chanteurs à la voix puissante, Ayouba Ali dans le rôle de Francis et Alvie Bitemo dans celui d’Ekasa.
Même si ce n’est pas complètement abouti, il faut saluer l’ambition de l’autrice et metteuse en scène, lier les questions politiques et celles de genre à travers une saga familiale traitée comme une série à l’américaine dans une ambiance cabaret.
Micheline Rousselet
Jusqu’au 11 octobre au Théâtre de La Colline, 15 rue Malte-Brun, 75020 Paris – mardi à 19h30, du mercredi au vendredi à 20h30, samedi à 17h, dimanche à 15h30 – Réservations : 01 44 62 52 52 ou www.colline.fr
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