Est-ce l’histoire d’un jeune homme de 25 ans, Noir et homosexuel à New York – la grande ville dévoreuse de toutes les jeunesses – loin d’Atlanta sa ville natale ? Ou d’une enquête sur la mort d’une jeune femme du même âge, colocataire du précédent, Smith – et pourquoi pas John Doe ? -, à qui elle semblait tout dire, celui-ci n’étant que le faire valoir de celle là ? Ou la découverte d’un vide comblé par l’alcool, la drogue à l’image d’autres jeunes femmes, amies de Smith ou d’Ella, prénom de la disparue, en référence à Fitzgerald, vocaliste de référence comme la mère d’icelle, grande chanteuse de la soul music. Difficile de trancher. Rob Franklin, pour son premier roman, « Le grand rêve noir » – dans les deux sens du terme en français – se situe dans l’indécision de cet âge curieux dans lequel l’avenir n’est pas complètement défini et apparaît comme autant de portes entourées d’ombre qui les rendent difficiles à ouvrir.

L’auteur multiplie les fausses pistes comme le procès pour détention de drogue – il en avait 0,7 gramme sur lui au moment de son interpellation – conçu comme un retour vers la famille, un faux espoir de résolution de questions essentielles comme trouver sa place dans la société, rejoindre un combat collectif.

Une agitation stérile semble être l’apanage de toute cette jeunesse plutôt dorée appartenant à la bourgeoisie noire ou blanche, n’arrivant pas à trouver l’amour. Le racisme est sous-jacent jamais explicité dans un pays qui ne jure que par la réussite individuelle et où l’argent prend la place de toutes les autres valeurs.

Les descriptions des soirées alcoolisées sont drôles et vertigineuse, autant de mini descentes vers on ne sait quel ciel, pour ramasser un inconnu d’un soir pour l’oublier ou être oublié par le partenaire. Soirées aussi où Smith se décrit comme « invisible » et presque tout est dit.

L’enquête n’aboutira pas. Ella est-elle morte d’une overdose, de désespoir, de son rêve d’être une photographe reconnue ou d’un homme violent ? Qui sait. Pas Smith qui se demande s’il n’a pas raté un moment clé dans sa relation avec elle qui aurait permis de lui redonner l’espoir d’orienter sa vie différemment. Pour lui, comme pour elle le poids des parents, de la mère ou du père, provoque des traumatismes profonds.

Smith trouvera-t-il sa voie ? Le sens de sa vie ? Ella est morte peut-être à cause de ses rêves et de la difficulté à les réaliser ?

Le roman de Rob Franklin résonne avec celui de Sang Young Park. « S’aimer dans la grande ville », Séoul à la place de New York, raconte une histoire similaire du côté de ces jeunes gens à la recherche d’eux-mêmes dans une société capitaliste qui tente de les rendre »invisibles » ; Le tapage ne suffit pas pour être reconnus et entendus.

Histoires de notre temps, histoires aussi de construction d’un avenir, d’un espoir de construction d’un monde plus fraternel, plus humain tout simplement.

Nicolas Béniès

, Rob Franklin traduit par Claro, éditions autrement

« S’aimer dans la grande ville », Sang Young Park traduit par Kyungran Choi et Pierre Bisiou, 10/18


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