Faire vivre sur la petite scène du Poche Montparnasse le roman de Victor Hugo plein de fuites éperdues et de combats héroïques, c’est le pari que réussit admirablement Marion Bierry. C’est cette année charnière pour la Révolution qu’a choisie Victor Hugo comme cadre de son roman. La République est en danger, le Roi a été rattrapé à Varennes et porte tous ses espoirs sur une aide venue de l’étranger, de l’Angleterre à l’ouest, là où justement la révolte des chouans remporte des victoires. Face au danger la Convention a été élue et la Terreur se met en place.

C’est en exil à Guernesey que Victor Hugo écrit le roman comme un clin d’œil à la Commune de 1870. Il n’en approuvait pas la violence, mais avait réprouvé celle encore plus implacable des Versaillais, faisant fusiller des milliers d’insurgés. Ce roman, son denier, a été considéré comme son testament politique.

Marion Bierry adapte et met en scène le roman qui se prête bien au théâtre. Elle place les personnages dans une sorte de diorama, où ils surgissent, de derrière des panneaux, épée ou fusil en main avant que le plan devienne large et la lumière plus éblouissante. Nous sommes en Vendée et la langue de Hugo, fébrile, romantique, héroïque, brillante pose le drame. Trois héros. Gauvain, aristocrate vendéen s’est engagé pour la République et lutte à mort contre son oncle, Lantenac, resté fidèle au Roi et aux idéaux de l’Ancien Régime. Il a été élevé par un prêtre, Cimourdain, qui le considérait comme son fils. Défroqué, celui-ci est devenu un inconditionnel des décisions de la Convention, fussent-elles des condamnations à tout va à la guillotine. Gauvain, dont Victor Hugo fait en quelque sorte son porte-parole, va aider son oncle à fuir, alors qu’il sait qu’en le libérant il trahit la République et risque de rendre aux Chouans insurgés le chef dont ils ont besoin. Mais son honneur, son humanité lui commande de sauver cet homme, revenu pour sauver les enfants d’une paysanne vendéenne pauvre et illettrée qu’il avait capturés. Envoyé par la Convention à la demande de Robespierre, Marat et Danton, Cimourdain, le cœur brisé, ne peut absoudre Gauvain et l’envoie à la guillotine en dépit des objurgations des soldats fidèles à leur lieutenant. Gauvin a perdu mais en mettant l’honneur de la République et de ses valeurs au-dessus de sa propre cause il a ouvert la voie du progrès.

Sur la petite scène du Poche, les comédiens font merveille et portent haut la langue de Victor Hugo. Pamela Ravassart (en alternance avec Marine Montaut) incarne avec passion Michelle Fléchard cette paysanne qui n’a vécu que dans sa campagne, ignore tout de la Révolution, subit les désastres de la guerre et est mue par une passion exclusive, celle de ses enfants. Stéphane Bierry campe finement Lantenac, capable d’une cruauté infinie dans le combat contre les Révolutionnaires, mais aussi d’un geste noble pour sauver des enfants. Face à lui et tout aussi fanatique, même s’il est du bon côté de la Révolution, Cimourdain, l’homme d’une justice impitoyable au service du triomphe de la Révolution est incarné par Thomas Cousseau (en alternance avec Julien Rochefort). Alexandre Bierry enfin est Gauvain, l’idéaliste qui, face au combat « sauvagerie contre barbarie » (Victor Hugo) menés par Lantenac et Cimourdain, incarne une vision plus humaine et plus généreuse, plus utopique aussi, de la Révolution. Le débat n’a rien perdu de son actualité !

Micheline Rousselet

A partir du 27 août au Théâtre de Poche Montparnasse, 75 bd du Montparnasse, 75006 Paris – du mardi au jeudi à 21h, le dimanche à 17h – Réservations : 01 45 44 50 21 ou www.theatredepoche-montparnasse.com

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