Lors du tournage du film Angèle au début des années 1930, Marcel Pagnol repéra dans la foule des curieux qui se pressaient sur les lieux du tournage un jeune homme qui, ayant en tête de devenir acteur, tentait de se faire passer pour une personne importante. Le chef opérateur, qui n’avait pas manqué de repérer son manège, le surnomma le Schpountz et avec son équipe lui fit miroiter une grande carrière allant jusqu’à lui faire signer un contrat bidon. Informé de l’histoire, Pagnol en fit un scénario où il nous parle avec humour et sensibilité d’un jeune homme plein d’ambitions et de rêves victime d’un canular. Porté par la langue vivante et pétillante de Pagnol et par l’interprétation de Fernandel dans le film, le portrait de ce jeune homme à la prétention naïve, dont se jouent avec une certaine cruauté ces gens du cinéma à la position bien assurée, devint un grand succès. On démarre sur le ton classique de la comédie provençale avec un jeune homme qui, ne doutant pas de son talent et de l’avenir qui l’attend, se voit déjà « en haut de l’affiche » comme le chantait Aznavour. Mais le ton devient ensuite plus sensible et offre un bel éloge de la comédie au théâtre, trop souvent jugée à l’emporte-pièce comme un peu vulgaire et trop populaire.
Arthur Cachia en tire ici une adaptation brillante qu’il met en scène avec Delphine Depardieu. Deux toiles peintes encadrent le plateau avec, d’un côté l’épicerie de l’oncle Fabre autour de laquelle s’affrontent l’oncle Fabre et Irénée, rêvant de gloire sous les yeux de son frère complice, de l’autre le monde du cinéma avec metteur en scène, cadreur, script puis plus tard le producteur. La musique apporte une coloration années 1940. Dans l’épicerie l’accent marseillais imprègne les répliques comiques qui font la joie des spectateurs, dans le monde du cinéma règnent la cruauté, les mesquineries et la tyrannie de l’argent avant que l’histoire prenne un autre chemin. Six comédiens interprètent avec brio les treize rôles. Si on retient Axel Blind, passant du rôle de l’oncle Fabre, sorte de Raimu bourru à la langue bien pendue, à celui de Monsieur Meyerboom, le producteur prêt à tous les expédients pour se tirer des mauvais pas, on admire surtout le talent d’Arthur Cachia qui va faire gagner ses galons de vrai comédien au Schpountz, ce jeune homme un peu prétentieux persuadé de son talent. Tous les autres (Patrick Chayriguès, Simon Gabillet, Milena Marinelli et Jean-Benoît Souilh) les accompagnent brillamment.
C’est drôle, vivant, ça fuse, c’est gai, tout ce dont on a besoin aujourd’hui et en plus il y a quelques remarques bien senties sur l’art de la comédie !
Micheline Rousselet
Jusqu’au 10 janvier au Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris – du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 16h – Réservations : 01 45 44 57 34 ou www.lucenaire.fr
Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.
Des remarques, des suggestions ? Contactez nous à culture@snes.edu