En agriculture, les saisons se suivent et se ressemblent, un peu moins ou un peu plus de récoltes, de légères variations de qualité, mais toujours les mêmes productions… À la Garance, Scène nationale de Cavaillon, chaque saison est nouvelle et son panier plein de surprises ! Toujours meilleur en qualité ? Pour sûr, des choses toujours autres et différentes dans l’excellence et l’originalité. De nombreuses propositions, fruits gorgés de créativité, produits avec passions et talents. En exergue à cette nouvelle saison, La Garance vise la raison d’être du spectacle vivant, en citant le philosophe Michel Serres : « À quoi bon vivre si nul jamais n’enchante le monde ? »

Oui, la Garance, scène vivante et vibrante, avec sa connotation chromatique de rouge profond, se donne pour ambition de « ré-enchanter le présent », un présent grevé lourdement par les dévastations du capitalisme et de ses serviteurs ou ses va-t-en-guerre. Mais, comme la plante éponyme, vivace et bien enracinée dans le sol vauclusien, La Garance rayonne sur un vaste territoire, en défendant une poésie du quotidien, où plaisir et apprentissage vont de pair. Un projet riche et divers qui s’appuie à la fois sur des récits polyphoniques contemporains et situés qui donnent à voir la pluralité de nos identités, sur des expériences artistiques partagées comme des rituels contemporains qui font société – tel son incontournable Festival Confit ! en juin – et, sur des partenaires nombreux avec lesquels s’imaginent, se rêvent et se construisent des réalisations ambitieuses et hybrides – comme son implication dans la biennale C’est pas du Luxe ! En 2026, ce festival avignonnais atypique aura lieu du 25 au 27 septembre avec pour parrain Benjamin Lavernhe.Mais avant, la saison s’ouvrira en fanfare et dans la joie avec OctOpus, Circa Tsuïca, du collectif Cheptel Aleïkoum. Huit circassiens et circassiennes audacieux-ses et joyeux-ses, adeptes de la performance de haut vol. (Photo ci-jointe). Un spectacle Nomade(s) comme La Garance sait en proposer tout au long de l’année et qui tournera du 4 au 7 septembre dans quatre villages du Vaucluse, allant de place en place. Ce n’est plus une roulotte qui arrive dans les bourgs sous les cris des enfants, mais La Garance a su renouer avec le spectacle itinérant d’antan – des soirées annoncées aussi par affiches de rues et lors desquelles les écrans sont délaissés pour une convivialité théâtrale !     

La saison sera alors lancée, pour ne plus retomber de l’année, toujours plus forte, plus belle, plus passionnante. Avec des chorégraphes comme Hofesh Shechter et son In The Brain ou Leila Ka avec Lullaby Shot ; du théâtre bien sûr, comme Ma pensée creuse de Kistina Chaumont ou SMS – Short Message Service de Suzanne de Baecque et Joaquim Fossi, sans oublier l’hubris burlesque du Munstrum Théâtre proposant un Makbeth sauce tyran mégalomane en carton-pâte – Toute ressemblance avec un personnage existant… La Garance accueillera aussi, La Parabole du Seum de Rébecca Chaillon, D’autres familles que la mienne, d’Estelle Savasta, L’Appel de la forêt, une création de Nicolas Bonneau et Fanny Chériaux ou encore Mi madre y el dinero du mexicain Anacarsis Ramos. En sortie de résidence, La Garance se déplacera au planchodrome du Parc du Grenouillet à Cavaillon, pour Youth de Rara Woulib, un spectacle sur des ados et leur passion ritualisée de la glisse sur planche à roulettes ! Autre Nomade(s), le Cabaret Love de Johanny Bert qui traite de la non-binarité et du queer au moyen de marionnettes excentriques… huit villages concernés cette fois ! Pas moins de 16 communes sont dans le réseau du projet Nomade(s) de La Garance : Bonnieux, Caumont-sur Durance, Châteauneuf-de-Gadagne, Lacoste, Lauris, l’Isle-sur-la-Sorgue, Maubec, Mollégès, Noves, Oppède, Saignon, Velleron, l’association Étincelles à Malemort-du-Comtat, Mérindol, Apt et le tiers-lieu La Fruitière Numérique à Lourmarin !  C’est à croire qu’en art, la province décentrée sait se décentraliser mieux que la capitale nombriliste et votre serviteur qui suit fréquemment ce nomadisme théâtral, peut vous assurer que les publics sont au rendez-vous, nombreux, curieux et enthousiastes ! À Paris, dans les lieux de pouvoir comme l’Élysée, Matignon et Bercy, on ignore complètement le pays réel qui vibre devant des tréteaux ; on méprise les nourritures émotionnelles et culturelles dont le pays fait, non pas son pain quotidien car on l’en prive à coup de réduction de subventions pour payer leur dette, mais dont il fait son goûter favori dès que possible. Là-haut, on coupe sans loupe. En bas, on goûte et regoûte ! À Cavaillon, on déguste, en plus des célèbres melons, et avec délectation les propositions de Chloé Tournier qui, avec son équipe gaie et dynamique, nous régale à foison d’années en années.  

Inutile d’essayer de tout dire, il y a trop à dire, à louer, à s’émerveiller et donc à désirer la saison à venir de La Garance. C’est aussi que le site du théâtre tout en couleurs et en détails vaut la visite ! Alors à bientôt, rue du Languedoc à Cavaillon en Vaucluse, dans ce théâtre de briques rouges ou garance, pour partager les moments enchantés qui s’annoncent !

Jean-Pierre Haddad 

La Garance 2026-2027. Scène Nationale de Cavaillon, rue du Languedoc, BP 10205, 84306 Cavaillon.

Site officiel : https://www.lagarance.com/programme

Bienvenue sur le blog Culture du SNES-FSU.

Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.

Des remarques, des suggestions ? Contactez nous à culture@snes.edu