Suite à une résidence d’écriture à Lens en territoire minier que la désindustrialisation a frappé de plein fouet, Magali Mougel s’est intéressée à la question de la réhabilitation des territoires et à ses conséquences sur la population. Dans un quartier qui s’est vidé en vue de sa reconstruction et sa modernisation, un père refuse d’abandonner sa maison et son passé aux engins de démolition. Marien Tillet met en scène le texte de Magali Mougel à travers le regard d’une petite fille seule avec son père dans leur maison qui se dégrade inexorablement.

Amélie Armao, conteuse remarquable joue plusieurs rôles : la petite fille, le père, la mère, l’institutrice stagiaire et le chef de chantier. La fillette fait l’objet de harcèlement de la part de ses camarades de classe qui l’insultent. Elle est prise en charge par la jeune institutrice stagiaire qui la protège. Séparée de sa mère qui a quitté le foyer, elle ne comprend pas pourquoi son père si aimant s’accroche autant à cette maison dont elle perçoit chaque jour la fragilité. De l’eau s’infiltre, des fissures, des moisissures et des taches rouges apparaissent. Sa mère qui rêvait de ciel bleu et d’îles lointaines revient épisodiquement pour essayer de convaincre son père d’abandonner ce combat inutile. Comme le lichen survivant en milieu hostile, le père résiste et veut transmettre la flamme de la révolte à sa fille mais peut-on jouer avec le feu ?

La création sonore de Gaël Ascal accompagne le texte tout au long de la représentation. Enfermé dans sa bulle, il traduit à la fois le vacarme des travaux et les questionnements de l’enfant. Comme la pluie et la boue dans la maison, il s’infiltre dans le récit et dans la tête de la fillette. Il nous percute à l’image des oiseaux que le père élève et nourrit et qui s’enfuient et se fracassent contre les fenêtres de la maison qui s’enlise. Une obscure lumière (création de Jean-Luc Malavasi) traduit parfaitement cette atmosphère pesante et étouffante que ressent l’enfant.Et quand elle irradie le plateau elle apparaît comme factice comme l’est le discours des promoteurs.

Remarquablement mis en voix et interprété par Amélie Armao, le texte réaliste et poétique de Magali Mougel nous fait réfléchir sur une société qui veut nous entraîner à marche forcée dans un rythme effréné de modernité allant jusqu’à détruire les relations humaines.

Frédérique Moujart

Jusqu’au 25 juillet à 12h20 à L’Artéphile, festival Off d’Avignon

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