Face à l’imposant et magnifique édifice de la Bibliothèque Ceccano d’Avignon, une demeure fortifiée du 14e siècle, se trouve le Musée Angladon, lieu insolite qui abrite la collection Jacques Doucet (1853-1929), grand-oncle des fondateurs du musée Jean Angladon et Paulette Martin, artistes d’Avignon sans descendance. Quoi ?! Aller au musée alors que toute la ville respire et transpire le théâtre par toutes ses rues et vieilles pierres ! Justement, le pas de côté est un excellent principe de découverte d’autres scènes en d’autres lieux.

Dans une petite salle bien climatisée du musée, Claire Diterzi nous invite à sa table. Une quarantaine de chaises disposées autour d’un guéridon recouvert d’objets insolites, dont certains sont bien des instruments de musique identifiables, alors que d’autres sont ce que l’artiste appelle des « bidouilles », verres à pieds remplis d’eau, petits cylindres à musique, clochettes, ukulélé… Au pieds de la chaise qui attend cette musicienne fantasque et surréaliste qu’est Claire Diterzi, une petite guitare noire qui rappelle ses débuts sur la scène punk-rock au sein du collectif Forguette Mi-Note. Si on est là, c’est justement pour retrouver la voix et les chansons si singulières d’une artiste qui est toujours en recherche, en remise en question, en expérimentation, en invention d’elle-même et de ses pratiques.

« La musique est une expérience sensible, immédiate avec un fort pouvoir d’évocation, à la limite de l’expérience synesthésique. Je continue ici de pratiquer le minimalisme mon but est de déconstruire ma musique et de la dépouiller. Il en reste la substance, un retour à l’essence même de ce qu’est la chanson, véhicule du récit de l’actualité du monde, le plaisir d’être là, de partager un moment de convivialité, de jouer au sens premier, sans ampli sans électricité, sans micro, un plaisir atavique de ce qui fait musique au départ, à savoir une prise de parole intime. » dit d’elle, Diterzi.

On est donc à la table de l’artiste, à quelques centimètres d’elle et on déguste, savoure, goûte avec délectation et lenteur les bouchées musicales que l’artiste prépare pour nos oreilles, sous nos yeux, une par une, avec le soin d’une grande cheffe pâtissière. Claire Diterzi prend aussi le temps de nous parler de ce qu’elle fait, a fait, va faire. Le moment est un peu hors du temps, mais aussi du bruit, de la chaleur et des trépidations de la Cité pas pâle sous son soleil de plomb. On est ailleurs et cet ailleurs est là. On vit une expérience esthétique rare, quelque chose d’atypique, peut-être une méditation de pleine présence à soi, au son, à nous.

Ce solo à table est un vrai partage à plusieurs, mais à l’échelle d’un salon feutré dont nous aurions poussé la porte un peu par hasard en visitant la vaste demeure de l’art, et dont les vibrations du lieu nous auraient retenus.       

Allez-y et n’en parlez qu’à vos amis !

Jean-Pierre Haddad

Festival d’Avignon – Musée Angladon, 5, rue Laboureur, 84 Avignon. Du 07 au 21 juillet à 18h15. (Durée : l’éternité mais en 1 h.) Relâches 13, 16 et 20 juillet. Jauge réduite, réservation conseillée.

Informations et réservations : https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9452-solo-a-table

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