Une cavalerie est une formation combattante à cheval et donc armée. Ici, elle est militante plus que militaire, avec pour terrain de lutte, la scène. Une scène investie comme on investit un champ de bataille, en sachant qu’une bataille n’est pas toute la guerre… À la différence des chevaliers d’antan, qui en armures lourdes servaient Dieu, la foi chrétienne chevillée à l’âme et à l’arme, Marinette Dozeville danse la question féministe depuis une bonne décennie, et là, point de heaume, de lance, d’écu ; ici, l’étendard féministe est brandi en dansant et jouant de la guitare, par deux femmes complices d’une sororité combattante et artistique à toute épreuve.

Sur la grande scène noire de la Scierie, Marinette, la chorégraphe, et Fanny Lasfargues bassiste et compositrice ancrée dans le groove, montent au front. La lutte sera âpre, réclamera de l’endurance, de la ténacité et de la discipline, de la mesure aussi, celle des pas de la danseuse et celle des notes de la musicienne. Par des mouvements d’ensemble, en lignes droites, croisées ou circulaires, en diagonales, par contournements et charges de front, les deux chevalières travaillent la cadence, les accélérations et les ralentissements nécessaires à une bataille de longue haleine et qui se doit de triompher en portant haut l’oriflamme d’une sororité universelle… Mais déjà, aux accords harmonieux ou criards, crescendos rocks de l’électrique guitare basse de la Chevalière de Lasfargues, et à la rythmique des pas cadencés de la Chevalière de Dozeville, aux exercices scéniques de cette troupe de deux, répondent en bande son, les cris, chants et slogans de milliers d’autres chevalières envahissant la plaine sociale, déferlant manifestement par les rues du monde entier : « Ahora sororidad ! » Oui, c’est maintenant, « Solidarité avec les femmes ! »

Certes, la mère des batailles (déjà une femme !) n’est pas pour tout de suite, peut-être que justement, il n’y aura pas de « mère-bataille » ou de grande marée, mais seulement des filles-bagarres, des sœurs-affrontements, de nombreuses petites guérillas de chaque jour, de chaque lieu, intime ou extime. C’est pourquoi il faut se préparer avec rigueur et constance, travailler, étudier la question : comment avancer, de quel pas, à quel rythme, jusqu’où, seule, à deux ou groupées… Déjà au féminin pluriel, avec Julie Barbier, Laurence, Langlois, Pauline Tremblay pour les regards extérieurs, avec Dagmara Stephan pour les costumes, avec aussi Louise Rustyan et Agathe Geffroy pour la création lumière, avec encore d’autres chevalières de l’ombre ou d’arrière-garde, car il en faut – toutes et toujours déterminées et audacieuses. En même temps qu’une recherche, Études pour Chevalières-duo est déjà la célébration des luttes, celles passées, en cours ou à venir ; un hommage déjà présent aux sœurs de combat, un rituel fort et impressionnant qui donne envie de s’engager, d’entrer dans le mouvement et le son, crinières au vent. Cette dernière création de Marinette Dozevile est un appel à une osmose sororale, à une fusion des énergies et, déjà en scène, on ne sait plus qui accompagne qui, la musicienne la danseuse ou l’inverse… Elles vont l’amble.

Si pendant longtemps on a dit des femmes solidaires des hommes qu’elles étaient « fraternelles », on peut désormais dire des hommes solidaires des femmes engagées, qu’ils sont sororaux ou même sororales !

Le spectacle vivant n’est pas seulement vivant, il peut aussi donner vie à du nouveau.

Jean-Pierre Haddad

Festival Off Avignon – La Scierie, 15 Bd du Quai Saint Lazare, 84000 Avignon. Du 4 au 25 juillet 2026, à 14h30. (Durée 50 mn). Relâche les 7, 9, 11, 13 et 15 juillet.

Informations et réservations :

https://lascierie.coop/festival-avignon-off/programmation/etudespourchevaliereduoOFF2026
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