On a parfois dit que Maupassant aimait trop les femmes pour ne pas préférer l’ivresse des liaisons passagères à une relation exclusive dans le mariage. Plutôt cynique sur la relation amoureuse, il déclare que « la fatigue suit toujours la possession », et dans nombre de ses nouvelles il ne concède aux femmes qu’un droit, celui de plaire et d’enfanter. Certes il note la responsabilité de la société, et des hommes en particulier, dans l’enfermement des femmes dans leur rôle d’épouse mais cela n’en fait pas pour autant un féministe !
Adaptant des extraits de diverses nouvelles de Maupassant, Roger Defossez nous entraîne dans la complicité des femmes entre elles avec quatre femmes, une comtesse et son amie, sa nièce et l’amie de celle-ci, une jeune comédienne qui se retrouvent dans un salon au bord de la mer. Elles partagent le plaisir de boire un verre de vin de converser et de jouer une saynette.
La mise en scène de Gwenhaël de Gouvello les place dans un salon fleuri, bercé par le bruit des vagues. Au fur et à mesure les histoires racontées par l’une ou par l’autre vont s’enchaîner, celle du couple sur la plage qu’observe à la lunette la comtesse, celle de son amie qui se venge de son mari jaloux qu’elle trouve de plus en plus répugnant, la curiosité sensuelle de la nièce, la jeune actrice qui trace sa route. Quel que soit leur milieu social, aristocratique ou populaire, leur centre d’intérêt est surtout l’homme, mari ou amant. La présence d’une actrice permet de faire une petite incursion dans le Paris d’Offenbach et le passe-temps pour la peinture de l’amie de la comtesse de s’égarer vers la Grenouillère et Renoir.
Les quatre comédiennes, Alexandra Sarramona (Céleste, la comtesse), Karine Pinoteau (Hortense son amie),Eurydice El-Etr (Coralie la nièce) et Marie Grach (Zoé la jeune comédienne) sont pleines de charme comme les femmes que peint Maupassant. Elles créent ce monde féminin où l’on parle surtout des hommes, des maris et de leur jalousie, des désirs aussi et des amants. Elles chantent apportant humour (quand on vous aime comme çà) ou touche mélancolique sur le temps qui passe avec la chanson de Béranger (combien je regrette mes bras si dodus, ma taille bien faite et le temps perdu).
On avance par petites touches impressionnistes dans ce spectacle plein de charme, sensible et parfois drôle, comme ce texte sur le plaisir d’avoir un amant à moustache !
Micheline Rousselet
Jusqu’au 23 août 2026 au Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris – du mercredi au samedi à 18h30, le dimanche à 15h – Réservations : www.lucernaire.fr ou 01 45 44 57 34
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