Offenbach s’est servie du mythe d’Hélène pour faire une satire de la classe dirigeante du Second Empire. Olivier Desbordes se sert d’Offenbach et de son Hélène fort belle mais si peu hellène pour caricaturer les canons de la célébrité bourgeoise, il rejoue donc la satire… en pire. Tout s’inverse par rapport à la norme Napoléon III, alors que la base bourgeoise du régime se rêvait en nouvelle aristocratie, la reine Hélène veut ici, devenir une bourgeoise très en vue et pourquoi pas, une influenceuse ! La mezzo-soprano Julie Robard-Gendre à la voix remarquable, déroule le grand jeu, perruque d’une blondeur trop éclatante pour être honnête mais très « au Net », manières affectées, tenues faussement ordinaires, langage emprunté et valeur cocardières ; il ne lui manque que de tromper son mari à sa barbe, comme dans les vaudevilles. Cela tombe bien puisque le magnifique ténor Raphaël Jardin dans le rôle de Pâris arrive de sa campagne et affole tout Paris ! Mais est-ce « si facile d’être une femme libérée » ? En revanche, pas difficile de faire la fête de façon débridée et le peuple ne demande qu’à être de la party… Offenbach fait appel aux Atrides mais sans verser dans la révérence, Desbordes le déborde sur la gauche avec un #Mitou invitant à bâtir une nouvelle mythologie de l’inclusion universelle. L’adaptation est tellement loufoque et foutraque que la musique du grand maître de l’opéra bouffe rivalise allègrement avec les tubes d’une discothèque, le public remue sur son siège à deux doigts de reprendre en chœur les airs célèbres ! L’inventivité d’Olivier Desbordes est sans bornes et toujours porteuse d’une joyeuse réussite. Sur scène, c’est un feu d’artifice de couleurs, de lumières et de voix. Le tout au moyen d’une scénographie simplissime et redoutablement efficace.

Certains s’offusqueront du mélange des contextes, des costumes, des genres (pas seulement artistiques !), des cours royales ou républicaines, mais le fait est que « Ça marche ! » – d’un Ça qui est aussi celui de Freud, duquel participe ce grand défoulement musical et lyrique des pulsions. Le metteur en scène le revendique : « une performance théâtrale explosive, à la fois drôle et sensible, noire et lumineuse, et dont la dimension universelle offre une catharsis jubilatoire. » Une coproduction qui tourne depuis 2024 sans démenti de son succès et faisant venir à l’art lyrique des publics jusque-là éloignés. Pourquoi faire la fine bouche quand la qualité et la réjouissance sont au rendez-vous ? quand une salle d’opéra tout entière applaudit, en redemande et obtient deux bis en musique, chantés par tous les interprètes réunis en guise de salut amical et chaleureux !

En ces temps sinistres, on apprécierait que ces bouffées de joie soient very often back !

Jean-Pierre Haddad

Opéra-bouffe en trois actes de Jacques Offenbach (1864)
Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy
Coproduction Opéra Éclaté, Opéra de Massy et Clermont Auvergne Opéra

Direction musicale Chloé Dufresne
Chef de Chœur Alan Woodbridge
Mise en scène Olivier Desbordes

Hélène Julie Robard-Gendre
Pâris Raphaël Jardin
Ménélas Carl Ghazarossian
Agamemnon Thibault de Damas
Calchas Jean-Vincent Blot
Oreste Lamia Beuque
Achille Frédéric Caussy         

Chœur de l’Opéra Grand AvignonOrchestre national Avignon-Provence

Opéra Grand Avignon, Place de l’Horloge, 84000 Avignon. Vendredi 12 et Samedi 13 juin 2026 à 20h00, Dimanche 14 juin 2026 à 15h00. https://www.operagrandavignon.fr/la-belle-helene

Bienvenue sur le blog Culture du SNES-FSU.

Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.

Des remarques, des suggestions ? Contactez nous à culture@snes.edu