Faut-il encore rappeler que les hommes et les femmes quittent extrêmement rarement de gaîté de cœur leur pays. Chassés par la guerre, les persécutions ou la misère, après un parcours où souvent ils ont affronté mille morts, ils se retrouvent dans un pays dont ils ne connaissent pas forcément la langue, loin de leur famille et de leurs amis, orphelins des odeurs, de la cuisine et de la culture de leur pays. Ils y ont gagné en sécurité mais s’ils sont ici, ils n’ont jamais complètement quitté le pays dont ils ont dû partir.
Wejdan Nassif est Syrienne. Elle a commencé à écrire en 2012 au moment où la révolution syrienne a démarré et ses Lettres de Syrie, où elle décrivait le quotidien de son pays en guerre, ont été publiées en France. Après avoir été emprisonnée, elle a fui et a obtenu l’asile politique en France. Installée à Metz, elle s’est vue confier la réalisation d’entretiens avec des réfugiés et immigrés du quartier où elle habite à Metz. C’est la voix de ses amis syriens et palestiniens qu’elle a d’abord recueillie car ils parlaient arabe, elle a ensuite élargi à des voisins venus d’autres pays, soudanais, ivoiriens ou marocain. C’est de ces récits et de son expérience personnelle de l’exil qu’est né son premier livre écrit en français, À vau l’eau.
Dans la mise en scène de Bertrand Sinapi la voix de Wejdan, portée au plateau par Amandine Truffy (en alternance avec Christine Koetzel), raconte le périple des exilés, leur angoisse et l’air affable qu’ils prennent pour la dissimuler. Elle parcourt des vies bouleversées par l’exil, s’interroge aussi sur ce que l’exil fait à leurs enfants, sur l’image qu’ils auront de leur pays d’origine. Sa voix alterne avec les témoignages enregistrés des exilés et se mêle aux musiques et aux sons d’ambiance imaginés par Lionel Marchetti. L’arabe, souvenir du pays natal, se perd dans le bruit des vagues du voyage, plein de périls, vers le pays d’exil. Amandine Truffy trace au sol la carte de leur périple, ponctué par quelques petites figurines de plastique, silhouettes des voisins, arbres, bâtiment HLM de la cité de Borny où l’administration envoie Wejdan., cartes de pays traversés durant le voyage et petites photos. Les lignes se multiplient, se croisent à l’image de leur long voyage. Tout autour, elle trace le carré qui délimite ces vies, celles de ces exilés dont beaucoup rêvent de pouvoir un jour rentrer chez eux et qu’ici trop de gens oublient de voir.
Micheline Rousselet
Spectacle vu le 4 juin au Théâtre de Belleville à Paris – du 4 au 23 juillet dans le cadre du festival Off d’Avignon au 11, 11 bd Raspail à Avignon – 15h45 en salle 2 – relâches les vendredis 10 et 17 juillet
Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.
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