Une femme et un homme, F et H sortent de chez Ikea quand de façon impromptue H propose à F de faire un enfant. La question entraîne H et F dans un maelstrom de questions, de sentiments contradictoires et d’hésitations, d’autant plus que ces deux-là sont des intellos trentenaires, brillants mais un peu précaires, elle finit sa thèse, il est musicien. Ils se considèrent comme « des gens bien », soucieux des questions environnementales. Alors est-il bien raisonnable d’avoir un enfant alors que l’avenir de la planète est menacé et que l’on ne parle que de la nécessité de réduire son bilan carbone ?
Le jeune dramaturge et metteur en scène anglais, Duncan Macmillan, récompensé par de nombreux prix et admirablement traduit ici par Séverine Magois, renouvelle le thème classique des démêlés du couple sur la question d’avoir ou non un enfant. Les conversations se chevauchent au fil du temps et des lieux, Ikea, un parking, l’appartement du couple, une boîte de nuit, la salle de bain où le test de grossesse prend des allures angoissantes. Les désirs, les choix, les revirements, les inquiétudes sur l’avenir de la planète et sur la responsabilité de faire un enfant se construisent sous le regard des spectateurs. Les frustrations de F sur le poids de la maternité qui pèse surtout sur les femmes, les reproches qu’elle fait à M sonnent vrais. Le texte mêle avec virtuosité les questions qui préoccupent les jeunes aujourd’hui, les soubresauts de l’amour, l’écologie, l’injonction ou non à faire des enfants, la parentalité.
La mise en scène sobre et élégante de Robin Ormond place F et M dans une boîte vitrée dont la dimension se réduit au fur et à mesure du passage des années. Les scènes se succèdent à toute vitesse sans transition, on passe d’un moment de la vie à l’autre et des séparations aux retrouvailles. Les répliques s’enchaînent, le couple se coupe la parole ou au contraire la garde pour aller au fond de sa pensée. Pourtant au-delà des dissensions on sent entre eux une confiance et un amour qui résistent.
Claire de La Rüe du Can est formidable d’énergie. Elle est une F brillante et angoissée qui pense tout haut, passe avec un débit virtuose d’un état à un autre, de l’excitation au doute, de la décision à l’hésitation, d’un point de vue à son contraire et projette, parfois avec violence, ses interrogations sur son partenaire. Face à elle Jean Chevalier résiste bien à ce torrent. Plus récemment intégré à la troupe de la Comédie Française, il incarne un M plus vulnérable, écoutant attentivement F et imposant peu à peu avec humour et sensibilité sa vision de l’amour.
L’histoire d’un amour d’aujourd’hui avec ses hauts et ses bas écrite par un jeune auteur, une mise en scène efficace et des comédiens formidables, autant de raisons de courir voir Séisme.
Micheline Rousselet
Jusqu’au 5 juillet à la Comédie Française hors les murs au Théâtre du Petit Saint-Martin, 17 rue René Boulanger, 75010 Paris – du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 17h30 – Réservations : 01 42 08 00 32
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