La Chine d’antan n’est plus… Et la cruauté de son pouvoir autocratique? Quant à Turandot, princesse cruelle certes, n’oublions pas qu’elle entendait se venger sur ses prétendants du féminicide de son ancêtre Lou-ling, princesse de Pékin… Personne ne dort. Dans la nuit suffocante d’un empire figé par la peur, Turandot, princesse de givre, règne sur un peuple asservi, offrant l’illusion du choix : répondre à ses questions ou mourir. Mais un homme pourtant ose braver l’interdit. Dans ce monde glacé, il croit à la chaleur d’un baiser, à l’amour plus fort que le sort. Le rideau se lève alors sur un spectacle grandiose, une vision éblouissante qui magnifie les corps et les gestes. La barbarie se pare de faste, la cruauté se drape de charme : voilà d’ailleurs bien là toute l’ambiguïté de Turandot. Puccini y a donné à la violence des couleurs chatoyantes, à la terreur des envolées d’une infinie délicatesse. Sous les lames, sous la peur, l’art se glisse et résiste. Ce fut en effet le dernier opéra, l’ultime bravade d’un homme rongé par la maladie dans un monde encore secoué par la guerre. Avec Turandot, le compositeur cherchait une échappatoire, un mythe plus grand que l’Histoire, un sublime qui subsiste alors que tout vacille. L’ironie de l’histoire a cependant voulu que Giacomo Puccini décède avant d’achever l’œuvre. Il a interrompu son écriture au moment de la mort de Liù. Plusieurs compositeurs ont par la suite proposé leur propre conclusion, saluons le choix de l’Opéra d’Avignon qui présente l’ouvrage dans l’état où le compositeur l’a laissé : sans final.

Ainsi la musique insiste, persiste dans son énergie, sans retomber, sans conclusion. Monumentale et enivrante, elle fait vibrer les masses et laisse surgir l’intime, éclaire l’ombre d’un feu ardent et fait chanceler la nuit jusqu’à l’aube. Un opéra de fureur et de mystères, où le chant s’élève contre la fatalité, où la beauté s’arrache aux ténèbres pour mieux en triompher.

Jean-Pierre Haddad

Opéra en trois actes de Giacomo Puccini (1926) Orchestration Frédéric Chaslin

Livret de Giuseppe Adami et Renato Simoni, d’après Carlo Gozzi

Coproduction Associazione Arena Sferisterio – Macerata Opera Festival et Opéra Grand Avignon

Chanté en italien et surtitré en français. Éditions Ricordi

Distribution

Direction musicale Federico Santi

Chef de Chœur Alan Woodbridge

Directeur musical de la Maîtrise Christophe Talmont

Mise en scène et scénographie Paco Azorín

Turandot Catherine Hunold

Liù Claire Antoine

Calaf Mickael Spadaccini

Timur Luciano Batinic

Ping Matteo Loi

Pang Sébastien Droy

Pong Carlos Natale

L’imperatore AltoumVictor Dahanni

Un mandarinoJean-François Baron

Il principino di Persia Vladyslav Romankov

Putinpao Catherine Pollini

Chœur et Maîtrise de l’Opéra Grand Avignon

Orchestre national Avignon-Provence

Opéra Grand Avignon, Place de l’Horloge, 84000 Avignon. Vendredi 15 mai à 20h00, dimanche 17 mai à 15h00 et mardi 19 mai 2026 à 20h00. Informations et réservations : https://www.operagrandavignon.fr/turandot

Prologue : 45 minutes avant la représentation, l’Opéra GrandAvignon et l’Orchestre national Avignon-Provence proposent un éclairage sur Turandot auquel vous allez assister. Entrée libre sur présentation du billet du spectacle/concert.

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