Dans une pièce au décor aseptisé qu’une vitre opaque distingue d’un balcon apparaissant dès lors un peu menaçant, une femme, Julia, face à un homme, Paul, fait le constat avec détachement et froideur de l’usure de leur couple. Ils sont universitaires, n’ont pas d’enfant, le travail est devenu le centre de leur vie et ils n’ont plus rien d’autre à partager. Elle est spécialiste d’art contemporain et lui producteur de musique. Il est deux heures du matin mais elle lui annonce qu’elle a invité sa toute nouvelle assistante Joséfine et son compagnon Tilman mais pour cette réception il n’y a rien à manger et rien à boire. Joséfine et Tilman sont jeunes, ont vécu intensément, drogue et alcool, débordent de désir, commencent leur vie de couple et leur vie professionnelle. Elle attend un enfant, mais ne l’a pas encore dit à Tilman.

La mise en scène de Ludovic Lagarde place les personnages dans un décor froid où l’on remarque un gros magnétophone et un bureau avec un ordinateur renvoyant au travail de Julia et Paul. Il y a aussi un évier et un frigidaire. Leur vie professionnelle ne se distingue plus de leur vie personnelle. Christèle Tual campe une Julia froide et autoritaire, tandis que Laurent Poitrenaux incarne un Paul désabusé, résigné à une vie sans élan. Hortense Girard a encore l’élan et les doutes de la jeunesse de Joséfine tandis que Guillaume Costanza incarne un Tilman qui a déjà commencé à basculer vers une vie plus conservatrice et routinière.

On s’attend à une pièce caractéristique des dramaturges britanniques, Harold Pinter dénonçant la vacuité de la société bourgeoise, ou Edward Albee peignant la perte des illusions. Il y a de cela dans la pièce de Martin Crimp avec ces deux jeunes gens déstabilisés par deux intellectuels bourgeois bien installés, mais, en dépit d’une mise en scène parfaite et de comédiens excellents la pièce laisse le spectateur sur sa faim. Il y a trop d’absurdités, cette invitation incongrue à deux heures du matin, Paul demandant à Joséfine de le frapper et à Tilman de l’embrasser par exemple. Elles sont trop souvent inutiles car gratuites. Quant à la fin, elle laisse le spectateur perplexe. Julia oblige Joséfine à continuer à l’assister dans son travail alors qu’elle souhaiterait au petit matin rentrer chez elle. Mais où sont passés les hommes ? Julia semble dire qu’ils dorment. Ont-ils abandonné la partie et Martin Crimp veut-il laisser la part belle aux femmes ? Ce n’est pas très clair !

Micheline Rousselet

Jusqu’au 24 mai au Théâtre de l’Athénée, 4 square de l’Opéra Louis-Jouvet, 75009 Paris – à 20h en semaine et le dimanche à 16h – Réservations : 01 53 05 19 19 ou athenee-theatre.com

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