Il en faut, pour mordre à pleines dents dans la création contemporaine, la découverte d’autres scènes, la rencontre avec les créateurs et les publics ! Preuve de jeunesse et de vitalité, s’il en fallait une, le fait de placer cette édition anniversaire des 80 ans du Festival d’Avignon créé par Jean Vilar en un autre siècle, une autre ère géologique presque, l’inscription de cette édition dans un esprit de questionnement. Des questions, mais aussi une combativité, un allant, une audace à l’image de l’affiche de cette édition : un point d’interrogation sur un fond jaune citron qui nous saute sauvagement aux yeux, mais pour la bonne cause. Ce point interrogatif est d’ailleurs une trace, une empreinte, celle d’un poing imprégné d’encre qui frappe un papier jaune. Un coup de poing d’interrogation !

Mais passons la parole au turbulent et chaleureux directeur du Festival, Tiago Rodrigues : « Nous avons souhaité partager des questions avec le public pour transformer ce 80e Festival d’Avignon en une grande fête des questions. Dans un monde rempli de mauvaises réponses, nous croyons que la création artistique a le pouvoir de poser des questions complexes, des questions qui n’admettent pas toujours de réponse. En un sens, un spectacle est une question posée par des artistes qui demandent au public des réponses et c’est ici que naît le débat. Si rassembler les gens est essentiel, le dissensus l’est tout autant : il est une condition de la démocratie. Avignon a toujours été un lieu de débat et nous voulons continuer à nourrir la complexité de ce débat. Face aux discours décomplexés, dans une société où la parole tend à se simplifier parfois de façon effrayante, nous affirmons la beauté du doute et de l’incertitude. Pendant les semaines que durera le Festival, des questions vont émerger des spectacles mais aussi des rencontres, du Café des idées : elles vont sortir des salles pour occuper les rues, les places et tous les lieux du Festival. »

Une de ces questions que Tiago (comme on l’appelle ici, à Avignon) a spécialement à cœur est bien sûr celle du public : que serait le théâtre sans lui ? Soit, mais aussi comment lui donner toute sa place, pas seulement une place de regardeur, mais une place de parleur, d’interlocuteur de l’art dramatique. Rappelons que « théâtre » est le nom de la place du public, puisque theatron, signifie en grec le « lieu d’où l’on regarde », donc d’où l’on juge, lieu distancié d’où l’on pense la chose que l’on est venu voir, et parfois d’où l’on prend la parole comme lors des bords de scènes.

Précisément, la conférence de présentation de cette édition anniversaire qui a eu lieu le 8 avril à la FabricA, nous a réservé une surprise qui a fait la part belle au public. Après l’ouverture officielle de la réunion et les salutations protocolaires, au lieu de se livrer à la longue énumération des spectacles, invités, actions, festivités, Tiago a rejoint deux tribunes de spectateurs installées sur la scène, face aux gradins de la salle, comme en bifrontal. Le directeur qui « travaille au Festival d’Avignon » comme il aime se présenter lui-même, s’est assis là, parmi une petite centaine de personnes, public diversifié et de plus ou moins longue date du Festival, et il leur a laisser la parole pour présenter la suite à partir de questions tantôt profondes tantôt légères. La fête des questions commençait déjà !

Des questions pas comme les autres : Dans un monde rempli de mauvaises réponses, doit-on se réunir autour des arts pour chercher les bonnes questions ? Une question posée dans une assemblé est-elle plus puissante qu’une question qui nous vient dans un moment de solitude ? Préférez-vous une question qui vous obsède ou 80 questions qui vous habitent ? Si nous pouvons comprendre sans aimer, pouvons-nous aimer sans comprendre ? Dans un monde rempli de mauvaises réponses, doit-on se réunir autour des arts pour chercher les bonnes questions ? Selon vous, quand la crise climatique rendra-t-elle impossibles les festivals d’été ?

Aimez-vous l’ombre des platanes ? Quel est le spectacle de votre vie ?

Plus trivialement quelques chiffres qui dimensionnent le Festival d’Avignon: 22 jours de festivalvités, 47 spectacles et 2 expositions pour 300 représentations ; 30 créations 2026 ; 40% de la programmation en première mondiale avec 19 créations au Festival d’Avignon 2026 ; 80 débats et rencontres, plus de 300 évènements au total et plus de 136 000 places à la vente (hors entrées libres) soit 10% de places de plus qu’en 2025 !

D’autres chiffres encore ! 40 lieux investis à Avignon intramuros et extramuros et aux alentours, 1 spectacle itinérant dans 14 communes du Vaucluse et du Gard voisin… Toujours des chiffres : 49 artistes dont une majorité de femmes, 24 artistes français.es et 25 venant de 10 pays étrangers d’Europe ou au-delà dont la Corée du Sud puisque le Coréen est langue invitée de cette édition, présente et surtitrée dans 21% de la programmation. Et encore 9 disciplines artistiques représentées : théâtre bien sûr (45%), mais aussi danse (11%), musique, cirque, lecture-performance et, avec le coréen, le récit chanté traditionnel, le Pansori, inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité en 2008.

En quatre fois 20 ans, le Festival d’Avignon a mûri tout en rajeunissant sans cesse pour devenir une grande fête civique et artistique dont le point culminant a lieu en juillet mais dont l’activité se déploie sur toute l’année !

Une avant-dernière question : Le Festival d’Avignon durera-t-il encore 80 ans ? The last : Why not ?

Jean-Pierre Haddad

Festival d’Avignon, 80e édition. Du 4 au 25 juillet 2026. 84000 Avignon.

Programme complet et réservations : https://festival-avignon.com/


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