On dit « sextette » plutôt que sextet, histoire de parler français et aussi parce que ça sonne féminin et que dans le sextette d’Hélène Duret, les femmes sont majoritaires. Mais en fait, on pourrait dire quintette (toujours en français), quintette + batterie et même quintette à vents et batterie ! C’est en effet la grande originalité de la formation d’Hélène Duret que de proposer un jazz qui a beaucoup de souffle(s) avec une percussion qui n’en manque pas ! Hélène Duret à la clarinette et à la clarinette basse, ainsi qu’à la composition, Quentin Biardeau au saxophone ténor, Delphine Joussein à la flûte traversière, Léa Ciechelski au saxophone alto, Jessica Simon au trombone et Ariel Tessier à la batterie.

On n’y aurait pas pensé… Pourtant, les cinq instruments à vent entrent parfaitement en résonance avec la batterie et l’on assiste tantôt à une fusion passionnelle de ces six-là, tantôt à des échanges à deux, à trois ou à quatre sans parler des solos époustouflants d’Ariel Tessier ou de ses complices souffleurs, une bande atypique de musicos !  

Le groupe se nomment Brut Ensemble. On peut l’entendre diversement : c’est brut mais ensemble ou bien six brutes qui jouent « six » bien ensemble ; c’est aussi un ensemble brut, mais là avec pas mal d’ironie, car les morceaux sont follement travaillés, d’une grande richesse et recherche harmonique, une fine sophistication free-jazz, des mélodies truffées de surprises sonores, des rythmiques avec des cadences décoiffantes, des progressions envoutantes, des groove – sans « s » car là, l’anglais intraduisible s’impose ! – des groove hypnotiques comme des flux mélodiques aux lignes improbables qui dessinent des paysages sensoriels fantastiques. La flute traversière électrifiée de Delphine Joussein fait des ravages avec sa palette de pédales, ça résonne parfois du côté de la guitare électrique d’un certain Jimmy… Telle est la créativité de l’écriture musicale d’Hélène Duret qui pour ce concert ponctuant sa résidence à l’AJMi propose des compostions portées par des noms d’émotions et d’affects très contrastés comme Oppression, Patience, Joie, Tragédie ou même de vertus très rares comme Immarcescible qui évoque ce qui ne flétrit pas… Le jazz aurait-il une éternelle fraîcheur ? On attend avec impatience l’album produit avec l’AJMi.

Pour sûr, à Avignon, le jazz se porte bien, il est plein de vigueur, celle de la jeunesse comme celle de la maturité, riche en créations contemporaines comme en clins d’œil à la tradition. Au-delà des collines et des fleuves de la région, le jazz est vivant et vivace en France. Peu importe la quantité ou le nombre, la chose se joue sur la qualité, le dynamisme, l’audace et un généreux partage ! La formation d’Hélène Duret est partie prenante d’un collectif de jazz et musiques improvisées, le Tricollectif lui-même membre de: JOUE-LA COLLECTIF, un programme porté par le Petit Faucheux, le Capsul Collectif à Tours, le Tricollectif à Orléans et Veston Léger à Tours. Constatant l’implantation sur le territoire régional de collectifs d’artistes dont les œuvres bénéficient d’une reconnaissance en dehors du territoire régional, le programme Joue-la Collectif a pour ambition de porter des actions des artistes de ces collectifs dans des territoires peu dotés en équipements culturels, ruraux et périurbains.

La scène avignonnaise de l’ AJMi est parfaitement à l’unisson de cette tendance jazzique qui irrigue les territoires.

Jean-Pierre Haddad

AJMi, 4 rue des Escaliers Sainte-Anne, 84000 Avignon. Jeudi 30 avril 2026, 20h30. 

Site de l’AJMi : https://www.ajmi.fr/

Site de Tricollectif : https://tricollectif.com/groupe/485/

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