Zoé (Julie Autissier) arrive pour annoncer l’annulation de la soirée, le programme n’est pas « conforme à la cohérence de la programmation » du théâtre. De la salle, Armand (Raphaël Callandreau) s’insurge, parlant de censure. Elle proteste, dit qu’elle n’a pas subi de pression, qu’elle est libre mais que les chansons choisies ne sont que « provocation et conflit ». Mais où tracer « la limite entre audace et offense » ? Et cette limite n’a-t-elle pas tendance à bouger si l’on pense que Yvonne de Gaulle, l’épouse du Président de la République, s’était dite très choquée par Les jolies colonies de vacances de Pierre Perret pour le vers « Hier j’ai glissé sur une chaise en f’sant pipi dans le lavabo » !

Julie Autissier et Raphaël Callandreau vont éclairer le débat en nous entraînant dans un voyage à travers des chansons françaises de la première guerre mondiale au rap d’aujourd’hui, des chansons qui ont provoqué controverses et clivages sur des sujets sensibles, la guerre, la politique, la religion, la drogue et bien sûr le sexe.

Unique élément du décor un piano où ils se relaient avec une fluidité surprenante pour chanter et s’accompagner. Ils se bâillonnent, se renvoient la balle ou chantent en duo. C’est lui qui chante la chanson de Philippe Katerine Tout nu, que certains ont jugé scandaleuse aux J.O de 2024. Est-ce pour ses paroles « est-ce qu’il y aurait des guerres si on était resté tout nu ?» ou parce qu’il était lui même nu seulement paré de fleurs à l’image de Dionysos ? C’est ensemble qu’ils chantent Jésus Christ est un hippie de Philippe Labro et Eddie Vartan et surtout qu’ils réussissent à mêler de façon diabolique les trois plus célèbres chansons sur la guerre Le chant des Partisans, La chanson de Craonne et Le déserteur.

La lumière les accompagne, les individualisant peu, laissant au contraire toute la place à leur complicité. Quand elle baisse, place aux chansons coquines, de la plus sophistiquée Comprend qui peut de Bobby Lapointe aux plus directes Déshabillez-moi que rendit célèbre Juliette Gréco ou Je t’aime, moi non plus de Serge Gainsbourg.

D’arguments et de chansons en chansons, Zoé va se libérer de la censure qu’elle semblait s’être imposée. L’humour va l’y aider, comme en témoigne Gare au Gorille de Georges Brassens. Même notre Marseillaise peut se parer de paroles moins guerrières pour devenir un appel à la solidarité (La Marseillaise de la paix des élèves de l’école primaire de Cempuis).
Raphaël Callandreau, spécialiste du théâtre musical, a écrit trois chansons qui font le lien entre les différents thèmes du spectacle. Il est entre autres le directeur musical et l’arrangeur des spectacles des Divalala et avait déjà signé, avec Julie Autissier, un très réussi spectacle sur les chansons de Brel J’ai mangé du Jacques. Ils sont formidables. Laissez vous entraîner dans ce monde des chansons tant aimées et jamais oubliées et donnez un grand coup de pied au c… de la censure !

Micheline Rousselet

Jusqu’au 26 mai au Théâtre de l’Essaïon, 6 rue Pierre-au-lard, 75004 Paris – les lundis et mardis à 19h – Réservations : 01 42 78 46 42 ou essaionreservations@gmail.com – du 4 au 25 juillet au Théâtre des Barriques / Festival Off d’Avignon tous les jours sauf les mercredis à 16h50

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