L’unique roman d’Oscar Wilde raconte l’histoire d’un jeune homme d’une grande beauté Dorian Gray qui, sous l’influence d’un aristocrate cynique Lord Henry Wotton, se laisse convaincre que les choses les plus importantes pour un homme sont la jeunesse et la beauté. Devant le tableau qu’a fait de lui le peintre Basil, il fait le vœu de les conserver. Il se lance alors dans une vie de plaisir, uniquement destinée à célébrer l’art et la beauté, quel qu’en soit le prix pour ceux qu’il rencontre. Peu lui importe puisque seul son portrait vieillira et s’enlaidira sous la trace de sa vie de débauche.

Thomas Le Douarec, saisi par la virtuosité des dialogues d’Oscar Wilde, a adapté le roman pour le théâtre et l’a mis en scène. Dans un décor très victorien, avec des comédiens en costumes d’époque, une scénographie et des lumières délicates, il nous plonge dans ce texte diabolique où l’on goûte à chaque instant les saillies et les pensées d’Oscar Wilde. À son époque ce texte fit scandale et aujourd’hui encore la salle murmure parfois en en écoutant les répliques incisives, percutantes et provocantes. Puisque le culte de la beauté et du plaisir est au centre de la pièce tandis que Dorian Gray va de fête en fête, la musique y trouve sa place avec la superbe voix de Caroline Devismes.

La mise en scène est délicate. Du tableau au centre de l’histoire, on ne verra jamais que le dos, on l’imaginera par les yeux du peintre, du modèle Dorian Gray et de Sir Henry, passant de la beauté à la laideur hideuse d’une vie vouée à la corruption et au mal. De l’échec en tant que comédienne de Sybil Vane, qui a eu le malheur de croire à l’amour de Dorian Gray, on ne verra qu’un dos tentant de saluer un public qui la hue.

On ne sait ce qu’on doit admirer le plus, cette scénographie, cette mise en scène ou ces acteurs magnifiques. Fabrice Scott (en alternance avec Maxime de Toledo) incarne le peintre Basil attaché à son tableau, refusant de le vendre comme si amoureux de sa beauté, il ne faisait plus la différence entre la représentation et le modèle. Mickaël Winum incarne un Dorian Gray à la jolie silhouette de jeune dandy soumis à l’influence d’un Lord Henry brillant, intelligent et caustique qu’il admire. Caroline Devismes incarne tour à tour Sybil Vane, la jolie petite actrice que Dorian Gray va, après lui avoir promis l’amour, abandonner sous les quolibets de ses amis, l’élégante et ironique Duchesse Gladys, chassant avec son magnifique chapeau à plume et enfin Sally la prostituée qui seule a senti toute la pourriture qui se cachait sous la beauté de Dorian Gray. Ancienne meneuse de revue elle a une belle présence en scène et chante avec une voix grave et puissante. Thomas Le Douarec enfin est un magnifique Lord Henry promenant sa silhouette d’aristocrate ironique et vénéneux, qui multiplie les saillies et les traits d’esprit.

À l’heure des réseaux sociaux qui glorifient l’apparence, et des magnats californiens de la tech attachés à financer les progrès de la science leur permettant de conserver une éternelle jeunesse, le sujet de la pièce trouve une nouvelle actualité.

Oscar Wilde avait dit de son roman : « Dorian Gray contient trop de moi, Basil est ce que je pense être, Henry ce que les gens pensent que je suis et Dorian ce que j’aurais aimé être en d’autres temps ». Thomas Le Douarec en a fait une pièce brillante qui tourne depuis dix ans. Si vous ne l’avez pas encore vue, courez-y, c’est un bijou !

Micheline Rousselet

Jusqu’au 7 juin 2026 au Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris – du mercredi au samedi à 21h, le dimanche à 18h – Réservations : www.lucernaire.fr ou 01 45 44 57 34

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