« Et si la gourmandise était politique ? Si, malicieusement, se glissaient entre nos doigts qui préparent, nos lèvres qui dégustent, non seulement des mets mais aussi des idées ? Nos saveurs seraient ainsi porteuses de valeurs, et nos ingestions de révolutions. (…) Alors attablons-nous toutes et tous ! Célébrons nos futurs désirables à travers spectacles, marchés, ateliers, arpentages et dégustations ! À nos petits et grands actes de courage, aussi précieux que délicieux. » Chloé Tournier, directrice de la garance.

Une chose est sûre, à ceux qui répètent sur un ton très docte : « un esprit sain dans un corps sain », on peut répondre qu’il faudrait commencer par regarder ce que l’on (nous) met dans nos assiettes sans parler des salades indigestes que nous servent des gouvernants carriéristes au sujet de « politiques de santé » plus souvent proclamées qu’appliquées. Que l’alimentation soit politique, nous en sommes désormais convaincus, conscients des substances toxiques que l’agro-industrie nous fait avaler.

Au lieu de suivre Descartes et son slogan « Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature » que les pro-capitalistes ont vite repris à leur compte (bancaire ?), nous aurions gagné trois siècles et demi à emboîter le pas à Spinoza. En plein 17e siècle, cet anti-Descartes hollandais s’opposait déjà au dualisme du français, en affirmant non seulement que les humains ne sont pas vis à vis de la Nature « un empire dans un empire » mais une partie d’elle, mais aussi que « l’âme et le corps sont une seule et même chose ».

Pour revenir à la table de La Garance, on peut citer encore Spinoza : « Nourrir correctement notre corps est non seulement essentiel à la santé et à nos aptitudes physiques mais aussi à celles de notre esprit. Et comme notre corps est très composé, il lui faut une alimentation diversifiée. Ainsi le corps se trouvera le plus apte possible à accomplir ce qui est dans sa nature et en même temps l’esprit se trouvera le plus apte à concevoir le plus grand nombre de choses. » (Éthique IV, Appendice, Chap. 27)

Le théâtre est l’ami des philosophes et réciproquement (pas tous, tel Platon qui chasse les poètes de sa Cité idéale !) et ensemble, ils se soucient du bien-être de tous et toutes !

Depuis quatre ans, entre printemps et été, la Scène nationale de La Garance organise donc son Festival Confit ! qui, avec audace, originalité et ouverture d’esprit, met les pieds dans le plat ou l’assiette en scène ! Cette année, Confit ! nous invite à rester plus longtemps à table. Le festival gonfle comme la pâte à pain, il se tenait jusque-là sur 5 journées, il grignote en 2026 presque tout le mois, s’écoulant paisiblement sous les ponts du joli mois de mai ! Plus de temps, mais aussi plus de géographie : jusqu’à présent cantonné à Cavaillon, Le Festival s’étend dorénavant sur les communes Nomade(s) de La Garance pour se percher dans les Monts de Vaucluse, s’acoquiner avec les Alpilles, en s’enracinant dans les domaines, fermes et élevages. Le programme est alléchant et varié et l’on ne peut ici, qu’en donner un avant-goût, histoire de vous mettre en appétit…

Des premières, comme La pastacuita antifascista de Casa Cervi, portée par l’artiste complice de cette année, Floriane Facchini. Une épopée culinaire qui retrace l’histoire vraie d’une famille de partisan·e·s italien.ne.s. En 1943, la famille Cervi décide de cuisiner des pâtes pour tout leur village pour fêter ce qu’elle croit être la fin du régime fasciste de Mussolini. Que serions-nous prêtes et prêts à faire pour la démocratie, contre la menace fasciste ? Le débat est toujours actuel, cuisiné ici à la sauce italienne.

De tout jeunes projets comme Matcha Girls porté par Elsa Thomas ; une cérémonie du thé, comme une relation père-fille, oscille entre tendresse et tempête. Ou bien Coups de courts de Luce Grosjean et Constance Heilmann ; trois films courts, trois vins, verres à l’appuis. Et aussi des sorties de résidences comme Brèches de OTTiLiE [B] et Nastassja Martin ; Tentative de coexistence entre ruminantes de Mégane Arnaud ou encoreSurla paille, un banquet (où Platon ne sera pas invité !), de la Compagnie Basses fréquences.

Confit !c’est aussi des expériences singulières, des ateliers cuisines sucrées ou salées, adultes ou enfants, un marché avec pique-nique géant, des rencontres, des invitées avec leurs livres, une conférence, une expo, une balade-cueillette le long des contreforts du Luberon avec Clarisse Le Bas. Et Cætera !

Chose remarquable dans cette édition 2026, une large majorité de femmes artistes, comme un pied-de nez à la timide parité institutionnelle. C’est que Confit ! s’accorde au féminin et tant pis pour les masculinistes aux mines déconfites !

Quand « En scène ! » devient « À table ! »… Avec Confit ! le théâtre se fait amphithéâtre, lieu de culture vivante et joyeuse. On y prend goût et y apprend avec saveur une certaine défense des vraies valeurs.

Jean-Pierre Haddad

Confit ! La Garance, Scène nationale de Cavaillon, rue de Languedoc, 84306 Cavaillon. Du 4 au 24 mai 2026.

Programme complet, informations & réservations : https://www.lagarance.com/festival-confit

PS. La Bande du futur recrute !

La Garance invite un groupe de jeunes de 13 à 17 ans à participer à la programmation de l’année suivante en les initiant au monde du théâtre (ateliers, sorties, échanges) et aux enjeux d’une programmation éthique.

Projet participatif : Samedi 06 juin – gratuit sur inscription

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Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.

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