Le Grand Meaulnes est le seul roman d’Alain Fournier qui mourut au tout début de la guerre de 14. Ce livre, devenu mythique dans le souvenir des collégiens et lycéens qui l’ont étudié, est le livre de littérature française le plus traduit dans le monde après Le petit Prince, d’Antoine de Saint-Exupéry.

Roman d’apprentissage, il aborde avec finesse les désarrois adolescents, les premières amitiés avec leur lot d’admiration, le désir de liberté, les premiers émois amoureux, l’obstination dans la recherche d’un amour perdu, les trahisons et les regrets.

François voit arriver dans le pensionnat où enseignent ses parents, un adolescent un peu plus âgé que lui, que tout le monde appelle rapidement le Grand Meaulnes. Celui-ci est hanté par une fête dans un endroit, où il a atterri par hasard et où il a fait pour la première fois l’expérience de la liberté et de l’amour. La fête devait célébrer les noces de Frantz de Galais, mais la fiancé n’est pas venue. Le Grand Meaulnes a été ébloui par la sœur de Frantz, Yvonne. Il tentera de retrouver le lieu où elle vit, la retrouvera, l’épousera mais partira hanté par un secret qui le ronge.

Emmanuel Besnault adapte le roman, le met en scène et l’interprète. Il suit la chronologie du roman et nous emmène dans cette folle quête d’un bonheur passé qui empêche les héros de vivre heureux au présent et les laisse pleins de regrets. Il est le narrateur, François, qui annonce dès le début « Quelqu’un est venu qui m’a enlevé à tous ces plaisirs d’enfant paisible… Quelqu’un a éteint la lampe autour de laquelle nous étions une famille heureuse. Et celui-là ce fut Augustin Meaulnes » Le narrateur a trouvé dans le grenier du Domaine des Sablonnières, le domaine mystérieux de la fête où, après de nombreuses péripéties il habite désormais, une malle renfermant un carnet d’où s’échappent les souvenirs et les secrets de la vie de Meaulnes, qu’il va nous raconter. Le comédien n’est pas seulement ce narrateur, il est aussi Meaulnes et tous les autres protagonistes, qu’il fait vivre par des gestes, une tenue, redingote, gilet et haut de forme pour Frantz à son mariage, robe lamée or qu’il pose devant lui pour créer l’image d’Yvonne. Les interventions de ces personnages sont portées par des voix off avec lesquelles dialogue le narrateur. Même si la poésie et la fantaisie de la fête sont difficiles à évoquer, quelques accessoires suffisent à nous faire rêver, une bougie de feu d’artifice, un cheval de bois pour la jument d’Yvonne. Emmanuel Besnault a choisi pour accompagner sa narration des airs de piano de compositeurs français contemporains d’Alain Fournier, Debussy, Ravel et Messiaen.

Emmanuel Besnault passe avec talent de l’enthousiasme de la jeunesse, des complicités adolescentes et des premiers élans amoureux aux regrets des trahisons et des amours perdues. Une belle occasion de retrouver le charme plein de nostalgie de ce roman mythique.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 14 juin 2026 au Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris – du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 15h30 – Réservations : www.lucernaire.fr ou 01 45 44 57 34 – du 4 au 26 juillet festival Off d’Avignon, Théâtre de l’Ancien Carmel

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