Ça y est ! M’man et ses deux filles l’ont tué, mettant fin à des années de violence de leur père et mari. Une des filles l’a assommé, l’autre l’a fait tomber et la mère a tiré le coup de carabine qui l’a achevé. Reste à faire disparaître le corps. Trois visiteurs passent, elles ont peur, mais …

Angus Cerini, auteur australien multi-primé, souhaitait parler de la violence masculine qui s’exerce largement contre les femmes, un thème universel s’il en est. Il a situé le drame dans le décor du bush australien, un lieu lui-même violent et brutal. Son écriture est énergique, mordante, imprimée parfois de références mystérieuses à la culture australienne. Sa langue très travaillée porte la rudesse du monde paysan, avec ces phrases à la grammaire malmenée, très courtes, parfois réduites à un ou deux mots, et cette façon d’avaler une partie des syllabes, typique des milieux marginaux. La traductrice Dominique Hollier a fait un travail remarquable.

La scénographie de Tommy Milliot est très sobre, un plateau badigeonné d’ocre comme brûlé par un soleil cru et au fond un banc. Nul besoin d’autre chose, tout passe par les mots, les phrases sèches et courtes décrivant le meurtre et surtout ce qu’il advient de ce cadavre. Sa mise en scène est d’une précision remarquable.

C’est dans la voix de la mère (Dominique Hollier) et des filles (Lena Garrel et Aude Rouanet) que passe toute la haine accumulée qu’elles défoulent en insultant le mort. Elles deviennent les voisins, qui ont entendu un coup de feu, et vont se révéler astucieuses pour se sortir de situations a priori inquiétantes. Elles deviennent des Érinyes implacables décrivant crûment toutes les étapes de la décomposition et des outrages subis par le cadavre de celui qui les persécutait de son vivant. Elles sont formidables, dans leurs silences comme lorsqu’elles portent la violence crue et l’humour ravageur du texte. Le coup de théâtre final, avec son petit air d’harmonica, libère un rire réparateur. La vie peut reprendre !

Il y a une histoire forte, une écriture ciselée et audacieuse, mais aussi autre chose qui séduit dans la pièce. Tout le monde savait mais a préféré détourner les yeux. Pourtant une fois la brute morte, la solidarité a fini par l’emporter et c’est un petit peu encourageant !

Micheline Rousselet

Jusqu’au 3 avril au Théâtre de La Commune, 2 rue Edouard-Poisson, 93 300 Aubervilliers – du mercredi au vendredi à 20h – Réservations : 01 48 33 16 16 – les 28 et 29 avril au Théâtre Durance

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