Comme chaque année depuis huit ans, ce festival s’installe à Rouen pour une semaine d’échanges, de lectures et de rencontres. Il nous fait entendre des échos d’ailleurs, la parole d’exilées afghanes, de résistants chiliens des années Pinochet, réfugiés en Roumanie, ou nous parle de la quête des origines, avec Reconnaissance d’Aline César, l’histoire émouvante d’une femme qui, presque par hasard et après une quête infructueuse, découvre son histoire familiale entre la Syrie, l’Algérie et la France. Le texte à l’écriture ciselée, lu par trois trois comédiennes, dont l’autrice, et accompagné par les flûtes virtuoses de Naïssam Jalal apparaît déjà comme un spectacle achevé que l’on a hâte de voir sur une scène.
Le prix RFI du théâtre de 2025, Clipping du Congolais Israël Nzila, mis en espace par Anne-Sophie Pauchet, nous parle de la souffrance des femmes congolaises en temps de guerre, qui peut les conduire aux marges de la folie. Une femme cherche fébrilement sa petite fille perdue dans un marché. On en retrouve une mais sa description ne correspond pas à celle de l’enfant perdue. La femme est-elle une voleuse d’enfant ou revit-elle son propre traumatisme d’enfant perdue dans le désordre de la fuite de sa mère au gré des horreurs de la guerre ? Bien qu’il s’agisse d’une lecture, la qualité de l’écriture et l’engagement des comédiennes crée une inquiétude et une émotion fortes.
Les midis du CDN présentent, au cours d’un repas, les résultats d’ateliers d’écriture menés avec des jeunes du quartier de Saint-Sever accompagnés par des artistes, Marine Chambrier, Ulrich N’toyo et le photographe Orlande Zola, dont les photos « petits métiers et grandes solidarités » sont exposées au Théâtre de la Foudre et au Théâtre des Deux Rives.
Les lycéens des lycées partenaires, cette année ceux du Lycée professionnel Jean-Baptiste Colbert de Petit-Quevilly, décernent chaque année un prix, le prix Jeanne Laurent. Il est allé cette année à un texte de Florian Pâque, Appuyer sur #. Une opératrice de régulation du SAMU, dont le mari est un influenceur à succès, se trouve plongée dans les torrents de haine que peuvent charrier les réseaux sociaux. Là encore la qualité de la mise en espace et des acteurs fait oublier qu’il ne s’agit que d’une lecture, ce que prouve le projet de création dans un théâtre la saison prochaine.
Ce festival, qui se déroule dans divers lieux de Rouen et des environs et dont la plupart des spectacles sont gratuits, est une occasion de découvrir des textes parfois déjà très travaillés. L’apport de mises en espace et de comédiens engagés en révèle l’intérêt et la richesse, souvent insoupçonnés à la simple lecture, et c’est pour cela qu’il importe de le soutenir.
Micheline Rousselet
Du 21 au 28 mars dans divers lieux de Rouen et des environs, le Théâtre des 2 rives, la Chapelle Saint-Louis, # Labo Victor Hugo, la Bibliothèque des Capucins à Rouen, le Théâtre de la Foudre et la Médiathèque au Petit-Quevilly, l’Espace Marc-Sangnier à Mont-Saint-Aignan – Réservations : 02 35 70 22 82
Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.
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