Depuis 2011, Stéphane Braunschweig a entamé un compagnonnage fidèle avec le dramaturge norvégien Arne Lygre dont il traduit et met en scène les pièces. C’est la cinquième qu’il crée cette année.

À première vue il s’agit d’une histoire d’amitié entre trois femmes dont Astrid est le pivot. Avec Eva, même si elle est un peu plus jeune qu’Astrid, il s’agit d’une amitié de longue date. Eva ayant éprouvé le besoin de faire une pause, s’est un peu éloignée et Sara, plus jeune, en a profité pour s’installer comme amie d’Astrid. Le texte d’Arne Lygre creuse d’abord la question de l’amitié, l’envie d’avoir l’exclusivité ou au moins d’être la préférée. Mais le texte va un peu au-delà car chacune n’arrive pas seule. Astrid a besoin des autres, se lie facilement comme si elle cherchait à combler un vide intérieur, d’autant plus qu’elle s’inquiète pour son fils dépressif et n’apprécie pas trop sa compagne. Eva a gardé un lien avec son père auquel elle rend régulièrement visite dans son EHPAD. Elle a été bousculée par la découverte de son homosexualité et de sa relation avec un autre pensionnaire. Sara a perdu ses deux parents dans un accident de voiture et s’est alors occupée de son petit frère. Son compagnon vient de la quitter et elle voudrait se rapprocher de ce frère désormais marié et père. Chacune a besoin des autres, mais en même temps veut garder son autonomie, choisir. C’est Astrid qui fera éclater la relation en demandant à ses amies de partir, leur ouvrant la voie à une autre relation.

Même si la construction de la pièce est recherchée et que l’humour n’est pas absent de l’écriture, on peut ne pas être totalement convaincu de l’intérêt de la pièce. Mais elle est admirablement servie par la mise en scène de Stéphane Brunschweig et surtout par les trois comédiennes qu’il a choisies. Il les place dans un univers très blanc, très froid où dans la dernière partie de la pièce les panneaux au sol vont se soulever pour former trois murs blancs enserrant les trois femmes dans un univers clos, dont elles sortiront à la fin. Les trois comédiennes passent, avec une fluidité impressionnante, des femmes quelles incarnent (Cécile Coustillac est Eva, Chloé Réjon Sara et Clotilde Mollet Astrid) aux hommes qui les accompagnent, le fils d’Astrid, le père d’Eva, le frère de Sara. Elles sont toutes les trois formidables, avec une mention spéciale à Clotilde Mollet, Astrid inoubliable à la fois si demandeuse d’amitié et capable de renvoyer ses deux amies pour se consacrer davantage à son fils et rester maître de ses choix.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 17 avril au Théâtre de la Colline, 15 rue Malte-Brun, 75020 Paris – du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h – Réservations:01 44 62 52 52 ou billetterie.colline.fr

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