Marianne et Johan sont mariés depuis dix ans. Elle est avocate spécialisée dans le droit du divorce et lui professeur de psychologie à l’Université, ils ont deux filles, et sont engagés à gauche. Ils ont suivi le modèle de leur milieu petit-bourgeois. Une journaliste les interviewe sur leur accord et leur bonheur qui semblent parfaits. Pourtant des éléments de trouble apparaissent. Lors d’un dîner avec un couple d’amis, ceux-ci se déchirent et révèlent la disparition du désir et leur dégoût l’un de l’autre. Lorsque après avoir vu Une maison de poupée d’Ibsen et qu’ils en discutent, il lui dit que le discours féministe est dépassé et lui reproche de ne plus créer de désir chez lui. Enfin le jour où Marianne révèle à Johan qu’elle est enceinte et lui demande s’il est prêt à accueillir un nouvel enfant ou si elle doit avorter, il la laisse choisir et répond juste « je n’ai pas d’objection » ! Elle avorte mais des questions l’assaillent. Pourtant le jour où Johan lui annonce avec brutalité qu’il la quitte pour une de ses étudiantes et que cela fait quatre ans qu’il y pense, le ciel lui tombe sur la tête. Il part dès le lendemain la laissant humiliée et désespérée se débrouiller avec les explications à donner aux enfants et aux amis. Un an après ils se revoient, elle a sombré dans une vallée de larmes, alors que lui semble déjà blasé, prêt à quitter son étudiante et à recoucher avec Marianne. Les années passent, ils ont divorcé, se revoient sur le mode « plus avec toi, mais jamais sans toi », tentant de créer entre eux une autre relation.
C’est à partir de son expérience de couple avec Liv Ullman que Ingmar Bergman a réalisé cette mini-série et le film éponyme où il décortique toutes les névroses du couple. Marianne et Johan ne cessent de parler de leurs sentiments, de sexe aussi, avec des mots crus. Ils déballent tout, ils sont lucides, égoïstes, et humains, si humains.
Christophe Perton place les deux époux dans l’espace de ce qui pourrait être un vaste salon au style dépouillé contemporain gris sombre avec des marches un peu partout. La vidéo sur le mur du fond peut aussi bien porter des tableaux, ceux qu’aimait Marianne, mais pas Johan, et qu’elle a installés en bonne place après leur séparation, que l’environnement du couple. On passe du dîner initial désastreux avec leurs amis, à l’image de leurs filles ou à leur propre visage en gros plan.
Christophe Perton a surtout travaillé avec deux acteurs, Romane Bohringer et Stanislas Nordey qui ont l’âge de Marianne et Johan. En Stanislas Nordey on sent très vite l’insatisfaction derrière son image de mari idéal, l’indifférence et la lassitude qui pointent jusqu’à la brutalité de la rupture où Johan n’écoute plus que son désir et abandonne sans état d’âme femme et enfants pour vivre pleinement, du moins le croit-il, mais pas longtemps. Il alterne l’égoïsme d’un Johan qui étale ses projets de vie avec sa nouvelle compagne sans se soucier en aucune façon des sentiments de Marianne et ses hésitations ultérieures, quand il s’est lassé et aimerait refaire l’amour avec Marianne. Rohmane Boringer est magnifique en femme blessée, tentant de retenir l’homme qu’elle aime, prête à lui préparer sa valise quand il part rejoindre l’autre. Elle est superbe en femme qui tente de se reconstruire, gardant le sens des réalités et des questions à régler. C’est elle qui mène désormais la danse mortifère de ce couple. Il n’y a pas de happy-end entre eux, mais ils ont passé le moment où ils n’avaient qu’une idée se faire du mal, ils sont prêts pour une relation plus apaisée, plus raisonnable. Mais est-ce encore de l’amour ?
Micheline Rousselet
Jusqu’au 28 mars au Théâtre de la Concorde, 1-3 avenue Gabriel, 75008 Paris,
– du mardi au samedi à 19h30 – Réservations : 01 71 27 97 17 ou theatredelaconcorde@paris.fr – Tournée le 2 avril au Grand Théâtre de Narbonne, du 28 au 30 avril à la Comédie de Picardie à Amiens, le 7 mai au Théâtre de Saint-Quentin, les 12 et 13 mai à la Salle du Foirail à Pau, le 15 mai au Théâtre Ducournau à Agen
Des militants partagent ici des critiques littéraires, musicales, cinématographiques ou encore des échos des dernières expositions mais aussi des informations sur les mobilisations des professionnels du secteur artistique.
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