Elle a la trentaine lui la soixantaine, il est professeur de philosophie à la retraite et vit seul, elle vient de se faire larguer par son petit ami. Ils sont voisins et se rencontrent au pied de leur immeuble. Elle a envie de rompre sa solitude et lui propose de partir avec elle, tout de suite, au fond de la Bretagne. Il lui dit qu’elle est folle, mais lui propose sa vieille Talbot cabriolet et les voilà partis pour un cocasse road-movie. Il est un peu blasé, un peu cynique, très pince-sans-rire. Elle l’agace avec sa façon de parler sans finir ses phrases, mais elle le séduit parce qu’elle est pétillante, énergique, impulsive et déterminée. Ils reprennent vie au contact l’un de l’autre, se rapprochent, s’attirent et s’énervent, se séparent et s’enchantent.

Arnaud Bedouet a écrit les dialogues légers, délicats et drôles qui animent le couple. Dans une atmosphère calme, ils parlent avec humour de choses sérieuses, de l’amour et de sa fin, de la perte, des espoirs déçus, des regrets et des souvenirs. Et la fin ouvre un nouvel espace tout à fait inattendu. Catherine Schaub les met en scène sobrement. Un long banc, celui de la rencontre, devient siège du cabriolet tandis que derrière eux la route défile en vidéo, que les cheveux d’Esther volent au vent et que lui s’accroche à un volant couvert de fausse fourrure.

Philippe Magnan et Lou Chauvain incarnent magnifiquement cet homme et cette femme. Il est ce vieux professeur qu’elle entend, par la grâce des canalisations, faire cours à des élèves imaginaires. Il est un peu grognon, manie avec humour les références philosophiques, s’agace de voir sa compagne de voyage trop appliquée à se conformer à ce que l’on attend d’elle et en même temps admiratif, sans oser se l’avouer, de ses enthousiasmes. Il est tout en nuances et fait passer les spectateurs par toute la gamme des émotions. Lou Chauvain est une Esther pétillante, impatiente, passant de l’excitation à l’autodénigrement, capable d’entraîner dans cette aventure son voisin peu enthousiaste au premier abord. Le désir est là tout proche, ils auraient bien envie d’essayer, ils se frôlent mais savent que c’est impossible.

Un texte plein de délicatesse, d’humour et d’humanité servis par deux acteurs saisis par la grâce.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 31 mai (20 représentations seulement pour cette reprise) au Théâtre de La Pépinière, 7 rue Louis Le Grand, 75 002 Paris – les vendredis et samedis à 21h – Réservations : 01 42 61 44 16 ou www.theatrelapepiniere.com

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