Après Moby Dick et avant Une maison de poupée, la marionnettiste Yngvild Aspeli s’est attachée à Dracula. Elle s’est inspirée librement du roman de Bram Stoker, mais surtout de la traduction qu’en a faite l’écrivain islandais Valdimar Ásmundsson considérée comme plus percutante et érotique que l’original.

Lucy jeune fille pure et bien élevée se laisse séduire par le comte Dracula qui s’infiltre dans son cœur, pénètre dans ses veines et suce son sang. Elle le sait dangereux, le craint mais le désire, il la séduit, la domine, la possède au point de la détruire. Le médecin, son fiancé, ses amis tentent de la sauver, de lui faire des perfusions pour la sortir de son état de morte-vivante. En vain et dans le roman son fiancé la sacrifiera.

Yngvild Aspeli nous fait entrer dans le monde des ténèbres, un monde mystérieux, dangereux et en même temps attirant où évoluent Lucy et Dracula. Une comédienne à la rousseur séduisante incarne Lucy, mais aussi Mina, son amie, perdue dans un labyrinthe de colonnes qui semblent l’étouffer. Une marionnette à taille humaine prend la place de Lucy tandis qu’un Dracula marionnette apparaît flottant, enlaçant Lucy, la renversant, lui mordant le cou. Elle le repousse ou se laisse séduire. Des vampires semblent voleter dans l’ombre. Le sang coule. Des Dracula multiples tirent des fils de sang du corps de Lucy, tandis que Mina essaie de la retenir. La bande-son torture le souffle, celui de Lucy tentant de survivre entourée par le médecin et son fiancé. Alors que chez Bram Stoker, Lucy est sacrifiée par son fiancé quand il comprend que Dracula a définitivement pris l’ascendant sur elle, chez Yngvild Aspeli, elle choisit de se décapiter et ce seront trois femmes, les alliées de Dracula dans le roman de Stoker, qui vont tuer Dracula. Pieu, marteau épée sont au rendez-vous pour son élimination.

Si la marionnettiste réussit à créer l’univers maléfique du roman et si l’on admire toujours autant son art de faire apparaître des personnages ou des marionnettes comme flottant dans l’obscurité, si l’utilisation des fils ou des foulards qui se répandent comme des fleuves de sang sont magnifiques, on reste cette fois sur sa faim. Du roman elle a gardé et magnifié le désir de Lucy pour Dracula qui la fascine autant qu’il la terrifie, un Dracula plein de mystères qui l’attire autant qu’elle cherche à le repousser. C’est trop peu pour qu’on échappe à l’impression d’une répétition qui frôle l’ennui. Heureusement il y a les admirables trouvailles visuelles que l’on aime chez elle, le rouge du sang qui éclate au cœur des ténèbres.

Micheline Rousselet

Jusqu’au 15 mars au Théâtre Silvia Monfort, 106 rue Brancion, 75015 Paris – du mercredi au vendredi à 19h30, le samedi à 20h, le dimanche à 16h – Réservations : 01 56 08 33 88 – Du 19 au 23 mars le Monfort présente Une maison de poupée, adaptation de la pièce d’Ibsen par Yngvild Aspeli, déjà chroniquée sur le blog lors de sa création la saison dernière – du mercredi au vendredi à 20h 30, le samedi à 20 et le dimanche à 16h

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